#027 – Noirceur

Parfois j’ai simplement besoin d’écrire pour tout faire sortir, pour expulser une putain de noirceur qui rampe dans mes profondeurs et ne me lâche pas. Quand elle s’offre le luxe de remonter un peu, de remonter trop haut, quand elle grimpe tellement vite qu’elle me donne envie de vomir, que je sens qu’elle m’envahit et qu’elle s’apprête à me bouffer tout entier, j’en rejette une partie. Je m’énerve contre le papier, je crache des mots pour me soulager, pour ne pas tout garder, pour ne pas me noyer.

 
En ce moment, j’ai envie de tout détruire. Peut-être que parce que je suis en ruines je ne supporte pas ce qui ne l’est pas. Ou peut-être que ce sont bel et bien tous des cons, peut-être qu’il y a effectivement à des choses à détruire parce qu’elles sont mauvaises, peut-être qu’après avoir moi-même construit de la haine pendant des années j’en peux plus de voir les autres faire pareil autour de moi. Surtout des gens qu’à la base j’estime.

 
À toi j’ai envie de dire « Fais attention ». Tu crois que personne ne sait mais tout se sait, absolument tout. Et tu peux faire comme si t’étais libéré mais on voit bien qu’au fond tu souffres, et que ce serait pas mal que tu récupères un peu d’estime de toi – plutôt que de passer ton temps à la faire baisser en te trompant de voie.

À toi j’ai envie de dire que la douleur n’excuse pas tout. Les failles ça donne de la profondeur et ça brille, ça fait des jolies cicatrices mais ça suffit pas pour faire amende. La noblesse d’âme ça se travaille tu vois, c’est pas juste une technique de drague de plus à ton éventail d’affamée. T’es au début d’un long et difficile chemin, je le sais… fais juste attention à tes choix lors des embranchements qui se dressent devant toi.

À toi j’ai envie de dire qu’au milieu et probablement tiraillée t’as tout intérêt à être honnête. Ça veut pas dire que tu dois tout dire ni que tu dois tout partager, mais que dans ce cas-là il faut l’annoncer et ne pas laisser croire le contraire. Fais attention au double-jeu, on a tôt fait d’avantager une partie sans le vouloir.

 
Il serait tellement facile de tout détruire. De me laisser absorber par ma noirceur plutôt que de la maîtriser.
Vous n’imaginez pas la chance que vous avez.

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#026 – Faiblesse interdite

Tu sais pourquoi c’est si difficile de parler ? Tu sais pourquoi tout le monde ferme sa gueule et ravale ses larmes, pourquoi les cabinets des psys sont pleins, pourquoi l’humanité fait un ulcère ?

C’est parce qu’on n’a pas le droit d’être faible.

 
C’est interdit d’être faible. C’est pour les merdes la faiblesse, c’est pour les cons qui font pitié, pour les inadaptés. C’est pour ceux qui s’en sortent pas, ceux qui se retrouvent en bas de l’échelle et qui pourront jamais la remonter parce que les forts leurs marchent sur les doigts. Et c’est bien fait pour eux à ces soumis, au moins grâce à eux les autres peuvent briller.
Les autres ouais, ceux qui sont forts. Enfin personne n’est dupe hein, en vrai il s’agit simplement de ceux qui font le mieux semblant. Ceux qui cachent mieux leurs fêlures et leurs problèmes. On leur a dit qu’être le meilleur c’était être imperméable à la souffrance, et c’est important d’être le meilleur. Faut être le meilleur partout, tout le temps. Sinon ça sert à rien d’essayer. Alors ils enferment l’affliction à double tour et ils jettent la clef, sans réaliser qu’ils en portent un double en permanence.

Tu vois, le problème c’est qu’on nous a appris à cacher plutôt qu’à accepter. Accepter c’est regarder en face, c’est souffrir sûrement, mais c’est aussi finir par vaincre. Évidemment, c’est plus dur que de recouvrir une faille d’un drap et de faire comme si elle n’était pas là, c’est plus dur que de prétendre que tout va bien en se collant un sourire sur le visage et un pansement sur le cœur. Pourquoi combattre quand tout nous encourage à faire l’autruche ? L’apaisement est immédiat quand tu fermes les yeux sur ce qui ne va pas – immédiat mais factice : ça fait de toi une vache qui pense retourner dans son étable, quand ce qui l’attend c’est l’abattoir.
Si ce n’est qu’au fond tu t’en fous : au moins tu fais bonne figure. Tu rappelles que t’es solide comme un roc, et que l’effritement ne passera pas par toi. Tu gagnes direct ta place dans la société comme ça, t’es utile, tu fais partie des forts. T’es pas un raté.

 
Se montrer faible c’est rappeler qu’on est vulnérable.
Sauf qu’on veut tous être Superman.

#025 – L’effroi de la certitude

Il existe un comportement humain particulièrement absurde : la peur de ce qu’on veut.

On passe beaucoup de temps à chercher ce que l’on veut. C’est un processus d’une simplicité confondante pour certains, mais qui peut être un véritable chemin de croix pour d’autres. On se cherche, on fait des listes, on pèse le pour et le contre avant chaque décision, avant de faire un choix, parce qu’on est incapable de dire : « C’est ça. C’est ça, et rien d’autre. »

Alors quand on arrive enfin à une position claire, quand on a fini de tergiverser avec nous-mêmes, on devrait être un peu heureux. On devrait savourer cette victoire sur l’indécision et profiter du pouvoir nouvellement acquis – celui de se connaître un peu plus – en toute sérénité.

Et pourtant… Le monde passe tellement de temps à nous dire de ne pas céder à nos envies, à les diaboliser, qu’on finit parfois par s’aliéner en se refusant ce que l’on désire… rien que parce qu’on le désire, justement. Et que le désir c’est sale.

On se retrouve donc à continuer à faire comme si on n’avait pas trouvé. Comme si on était toujours indécis. On cache la réponse au loin, pour ne pas la voir. Tout ça parce qu’on n’ose pas, parce qu’on se sent incapable d’affirmer haut et fort que ça y est, cette fois, c’est la bonne : on sait. On sait et ça ne changera pas, on sait et c’est au monde de faire avec.

 

Et puis parfois, on cache cette réponse parce qu’on en a peur. Parce que ne plus être indécis c’est devoir avancer. C’est se fermer les autres portes. Et c’est risquer de se tromper.
En dissimulant la réponse on a l’impression d’avoir toujours la possibilité de revenir en arrière, toujours la possibilité de changer de chemin, de corriger ce qui n’a pas encore été fait.

Mais c’est faux.
Quand le cœur sait, il ne peut pas revenir en arrière.

#024 – La haine

C’est facile la haine. Ça te fait croire que c’est un bon refuge, que tu vas t’y sentir bien et que tu vas pouvoir enfin relâcher toute la pression que t’as accumulée. Ça montre patte blanche, ça fait mine d’être la meilleure des solutions quand ce n’est en fait que la plus simple. La plus immédiate. En réalité ça t’enfonce direct une lame dans le cœur.

C’est vicieux la haine. Ça te chope quand tu t’y attends pas, quand t’es vulnérable. Ça se glisse sous ta peau sans que tu t’en rendes compte, ça s’invite dans ton corps et ça te lâche plus. Ça s’incruste de plus en plus, ça tache, ça déborde, ça s’infiltre dans chacune de tes cellules pour t’habiter. À l’instant où tu cèdes les jeux sont faits : t’en deviens prisonnier.

C’est de la merde, la haine. Ça détruit tout sur son passage, toi compris. C’est un putain de feu qu’on peut pas arrêter et qui dévore tout et n’importe quoi. Tu penses que tu peux en sortir indemne parce que c’est toi qui hais et que l’autre c’est un con, mais la vérité c’est que t’en souffres plus que lui de cette haine.

C’est absurde la haine. Ça mène à rien. Ça ne fait rien avancer. Ça te vole juste une énergie précieuse, ça te bouffe de l’intérieur. Ça t’aveugle en te faisant croire que t’es lucide, que c’est toi qui as raison. T’en oublies tout le reste ; y a plus que la haine. La haine. La haine. La haine. Tu crois que ça te rend meilleur, supérieur à ce que tu hais car si tu le hais c’est qu’il y a une bonne raison. Mais ça ne fait que te mettre au niveau d’un enfant de deux ans qui multiplie les caprices parce qu’il ne comprend pas le monde qui l’entoure.
Ouvre les yeux, putain.

C’est con, la haine.
C’est pour ça que j’essaie toujours de l’éviter.

#023 – Censure

Ce soir je ne sais pas quoi écrire, car je me censure complètement.

Il y a des textes qui sont à moitié prêts, mais que je veux écrire en ayant du temps pour les peaufiner parce qu’à mes yeux ils méritent d’être beaux, vraiment beaux. D’être ciselés pour présenter à la perfection les idées qu’ils contiennent. Or je n’ai pas le temps, alors je m’empêche de les écrire, pour ne pas avoir à les publier imparfaits et bancals. Même s’ils sont ceux qui veulent le plus s’imposer, bloquant peu à peu toutes mes autres idées.

Il y a des textes bien trop personnels. Rares sont ceux pouvant faire la différence entre ce qui est réel ici et ce qui est fictionnel, mais ils existent. Alors bien sûr, s’ils ont cette capacité c’est qu’ils connaissent déjà les histoires en question, mais il n’en connaissent pas forcément les ramifications ni tous les effets sur ma personne. Pire, ils pourraient très vite être tentés, en voyant un élément qu’ils reconnaissent comme réel, de penser que tout le reste l’est aussi. Y compris – surtout ? – quand c’est clairement romancé.

Il y a des textes trop courts. C’est une très mauvaise excuse, car je n’ai ni obligation de durée d’écriture ni de longueur ici. Mais je culpabiliserais de ne pas proposer des articles un peu conséquents ; j’aurais l’impression de trahir l’esprit du blog, censé avant tout me pousser à écrire. Beaucoup.

 
Et puis il y a ce texte, ce texte qui traîne depuis quelques jours dans mes doigts. Il porte sur les rapports au sein d’un groupe, sur la pourriture des relations qui y sévit parfois. J’ai failli l’écrire plusieurs fois, pour systématiquement me raviser sur sa forme – assez peu sur son fond qui s’attarde sur le jeu social et la souffrance qui peut en découler.
Il viendra bientôt.

Patience…
Tout se sait.

#022 – Muse

J’ai une muse.

 
Je lui ai dit, plusieurs fois, qu’elle était ma muse. Qu’elle m’inspirait, qu’elle poussait mon cerveau plus loin. Que pour une raison inexplicable sa présence – physique ou non – soufflait à mon esprit ses plus belles créations.
Bien sûr elle ne m’a pas cru, elle m’a traité d’idiot et elle a ri ; et dans ce rire j’ai entrevu des merveilles – il brillait de mille feux ce rire, il était plein de diamants et de saphirs. Elle ne se rendait compte de rien, ma muse, et qu’elle ne puisse pas jouer de son pouvoir à sa guise l’intensifiait encore. Comme s’il ne fallait rien forcer, jamais.

Ce n’est pas un ustensile ma muse, ce n’est pas un outil. Ce qui la rend si précieuse ce n’est pas ce qu’elle fait : c’est ce qu’elle est. Je ne peux pas l’utiliser ; je ne peux que l’écouter et l’observer, l’admirer et plonger mon âme dans la sienne pour en retirer des pierres précieuses qu’il me faudra travailler. Car elle ne rend pas la création magique, ma muse : elle la simplifie simplement, agissant comme un catalyseur plongeant dans l’Éther pour en retirer ma matière première.

La force de ma muse est telle qu’elle dépasse le cadre artistique. Elle me pousse à avancer. Elle me rend meilleur ma muse, elle me fait travailler sur moi pour que je m’améliore sans cesse. Elle sait que pour créer je dois vivre, et que j’ai trop tendance à me délaisser. Elle sait que je suis toxique pour moi-même mais que je peux grandir, grandir et dépasser mes névroses.
Elle m’encourage, ma muse. Elle croit en moi plus que personne d’autre ; elle a vu au fond de moi ce dont je suis capable, ce que parfois je ne soupçonne même pas. Elle est capable de me lire, ma muse, de me lire pour ensuite m’expliquer qui je suis. Pour que je ne sois plus perdu.

 
C’est Elle.
Ma muse.

#021 – Au revoir

Au revoir.

 
Au revoir partout, au revoir tout le temps.

Au revoir les fous ; au revoir les gens.

Au revoir la beauté, au revoir l’ivresse,

Au revoir l’été, au revoir les caresses.

Au revoir les jours, au revoir les nuits.

Au revoir l’amour, et au revoir l’envie.

Au revoir, mon cœur.

Au revoir ta chaleur, au revoir ta candeur,

Au revoir tes pleurs et au revoir tes peurs.

Au revoir au revoir, mon amour ;

Au revoir ici, et au revoir toujours.

 
Je ne sais pas s’il existe quelque chose de plus déchirant que les au revoir non voulus. Les au revoir nécessaires qui ne contentent aucune des parties. Les au revoir à l’arrière-goût définitif, les au revoir qui puent la défaite. Les au revoir qu’on fait parce qu’on n’a pas le choix, même si on voudrait en prendre le droit. Les au revoir dictés par la norme. Les au revoir de fins de vacances.

Les au revoir c’est mieux que les adieux, parce que ça cache un peu d’espoir.
Et c’est bien ça qui les rend si douloureux.

#020 – Lost souls

C’est l’histoire d’une génération qui ne sait pas où elle va.
Ma génération.

 

Ma génération, c’est une génération qui ne fait pas la fête mais qui se défonce.
Il lui est plus facile de finir par terre à se rouler sous les tables que d’affronter la nuit, parce que de toute façon elle est déjà à genoux. Elle a oublié ce que c’est de vraiment s’amuser, ma génération ; elle ne connaît que ça, ces soirées où elle s’épuise pour ne pas avoir à faire face à la réalité. Et puis la nuit elle en a marre de faire semblant, de sourire tout le temps comme en journée alors que ce qu’elle veut c’est pleurer. Et comme la pénombre ne suffit pas à la cacher elle se saoûle, comme ça elle n’a pas à se souvenir – ni à réfléchir.

Ma génération, c’est une génération à laquelle on a vendu le sexe comme le Saint Graal. Plus que l’argent ou le pouvoir, c’est devenu son indice de réussite. Tout se rapporte tout le temps au sexe ; rien n’est épargné, tout est monnayé selon une échelle qui va de l’œillade au gang bang. Ma génération pense avec sa bite même quand elle n’en a pas, tout ça parce qu’elle n’a pas les couilles de penser avec son cœur. Ça fait trop mal de penser avec son cœur, ça fait souffrir et souffrir c’est pour les perdants et les ratés.

Ma génération ne peut pas se regarder dans le miroir : elle se dégoûte. Elle se déteste de ne pas savoir faire la différence entre ce dont elle a réellement besoin et ce dont on lui fait croire qu’elle a envie. Parfois elle ne se rend même pas compte qu’il y en a une différence – et alors elle se sent piégée, car elle réalise bien qu’au fond quelque chose ne va pas, sans parvenir à savoir quoi. Et elle se replonge dans son tourbillon de défonce et de sexe sans âme, pour oublier à nouveau qu’elle peut réfléchir.
Qu’elle peut ressentir.

 

La voilà, ma génération. Une masse d’âmes perdues qui souffrent sans savoir vraiment pourquoi, sans savoir vraiment comment. Qui ne peuvent que préférer l’anesthésie à l’affrontement avec le réel, qui se consument pour se croire enfin vivantes.

Ma génération a perdu pied il y a bien longtemps.
Et il n’y a personne pour venir la sauver.

#019 – Fatigue

Je suis fatigué.

Et je parle bien de fatigue, pas d’être énervé par quelque chose et de le minimiser à coups d’euphémismes. Je suis physiquement fatigué, au point de manquer de m’endormir dans le métro – et de ne pas hésiter à le faire au cinéma.

 

Je suis fatigué par le monde. Par la violence partout et tout le temps, par la tristesse généralisée, par ce climat qui n’encourage qu’à dire « à quoi bon ? » plutôt que « élevons-nous ». Je suis fatigué par l’avenir qui n’existe pas, par le passé qui était mieux et par le présent qui s’enlise, nous bloquant avec lui. Je suis fatigué parce que ça n’avance pas, parce qu’on est incapable de s’entendre – il faut dire que, pour cela, il faudrait déjà commencer par simplement s’écouter.

Je suis fatigué par les gens. Par l’aveuglement volontaire, par les non-dits, les mensonges, l’égoïsme. Je suis fatigué par la bêtise, l’individualisme et l’onanisme permanent, par l’incompétence qui se cache et qu’on fait semblant de ne pas voir. Je suis fatigué par les cons, par ceux qui ne font pas d’efforts, par ceux qui pensent tout savoir et avoir toujours raison, par ceux qui refusent d’avoir tort malgré les preuves sous leurs yeux.

Je suis fatigué par la haine, qui s’insinue partout, tout le temps. Je suis fatiguée par la vraie haine sanguinaire, presque pathologique, mais aussi par la fausse – cette haine mondaine, celle que certains infligent à l’art en espérant se prouver de bon goût alors qu’en réalité c’est juste qu’ils n’ont pas les moyens de se forger un avis.

Je suis fatigué par le système de valeurs qui se met en place. Par l’avènement de la médiocrité, par la culture du vide et le culte du néant. Je suis fatigué par cette société qui fait l’apologie du mauvais et ne songe jamais à se tourner un peu vers le vertueux. À s’améliorer plutôt qu’à tout tirer vers le bas.

Je suis fatigué de vivre la chute d’un empire.

 

On va pas se mentir, je suis aussi fatigué parce qu’en ce moment je ne dors pas assez. Mais ça on s’en fout un peu, non ?

#018 – Une journée sans Elle

Aujourd’hui j’ai passé une journée sans Elle.

Il y a longtemps que ce n’était pas arrivé, et ça ne m’avait clairement pas manqué de ne pas la voir, de ne pouvoir que l’entendre ou la lire – et si peu.

 

Elle n’avait pas disparu, non : Elle était simplement là sans l’être. Absente. N’envoyant que quelques textos, quelques messages sans âme. Des fragments infimes de ce que j’avais pour habitude de recevoir ; comme si Elle avait oublié, comme si quelque chose était cassé. Il n’y avait rien dans ces bouts de textes que du très formel, de l’informatif, du superficiel. C’en était presque effrayant tant c’était choquant, en opposition totale avec notre habitude de converser. Un coup à prendre peur, à se demander ce qui ne va pas — ce qui ne va plus.

Et pourtant… pourtant je sais qu’Elle a besoin d’appuyer sur off de temps en temps. De se déconnecter, de ne pas parler, de se retrouver seule. En réalité, ces quelques messages voulaient dire beaucoup : si Elle n’avait pas tenu à moi, Elle m’aurait infligé un silence total et absolu. En ne me laissant pas dans le noir, Elle montrait à sa façon que j’avais une place particulière, une place unique. C’était quelque chose qu’Elle n’avait jamais vécu ; un besoin de ne pas négliger l’autre même lorsque l’on veut être seul, de montrer malgré tout qu’on est là et que l’autre nous importe, qu’on y fait attention.
M’écrire, c’était révéler que non seulement mon bien-être comptait pour le sien, mais qu’en plus il s’y ajoutait. Envoyer ces messages à d’autres aurait été un vrai sacrifice ; me les faire parvenir était une évidence.

 

Mon cerveau malade a tout de même fini par se demander si ce silence était une parenthèse dans ce que l’on vivait Elle et moi, ou si ce qu’on vivait était une parenthèse dans un océan de vide.

Et c’est quand Elle est rentrée et m’a embrassé que je me suis souvenu de la réponse.