#149 – En haut des escaliers

Souvent je me dis que si ça se trouve Elle est en haut, devant la porte de mon appartement. Que si ça se trouve Elle m’attend.

 
J’arrive au rez-de-chaussée et je sais que j’ai sept étages à monter. C’est haut, sans ascenseur, c’est long et plutôt fatigant.
Pour me donner du courage mon cerveau me souffle régulièrement l’idée qu’Elle les ait gravis dans l’espoir de me voir. Sans rien dire oui, sans me prévenir : ça serait l’une des meilleures surprises qu’Elle pourrait me faire après tout, alors pourquoi s’en priverait-Elle ? Elle n’aurait pas peur d’attendre pendant des heures sur le palier, de ne pas savoir quand je rentrerais.

C’est systématiquement à ce moment-là que je rappelle à mon cerveau qu’il fantasme bien trop, que personne ne ferait un truc pareil. Et sa réponse est toujours la même.

« Si.
Toi. »

 
Je gravis deux, trois, quatre étages en me demandant si c’est vraiment possible. Si Elle pourrait être là. Si je ne fabule pas totalement, si c’est un acte qui pourrait être réel. Et pourquoi pas, en fait ? La vie c’est pas un film mais c’est romanesque parfois. Prise dans un élan qui la dépasserait un peu Elle pourrait très bien débarquer chez moi à l’improviste, me prendre dans ses bras et me murmurer qu’enfin, Elle est là. Elle pourrait. Je crois.

 
Les dernières volées de marches, je les franchis en me raisonnant au maximum pour m’éviter une déception de plus. Non, Elle ne sera pas là, tel un trophée espérant qu’on le gagne. Nous ne sommes pas dans un jeu vidéo, et il n’y a pas de récompense à obtenir lorsque l’on ne fait que rentrer chez soi.

Mon cerveau s’entortille autour de ma lucidité, cherchant par tous les moyens à l’étouffer pour faire vivre plus longtemps l’illusion qui le berce. C’est un combat acharné qui se livre lorsqu’enfin l’ultime étage se dresse devant moi, que mon corps n’en peut plus et qu’il se demande pourquoi je le maltraite de la sorte. Refuser le mirage est un effort presque inhumain, tant il serait simple de s’y abandonner.

Alors je me force, pour ne pas sombrer dans des souhaits qui ne peuvent se réaliser. J’en détourne mon regard.

 
Et pourtant, malgré toutes mes tentatives, malgré ma volonté de ne pas céder, cette petite voix me résiste toujours et me rappelle que, peut-être…

Peut-être…

 

#148 – La bataille permanente

« J’en ai marre des regards lubriques dans la rue, tu comprends ? Je suis fatiguée… »

Face à moi Pauline s’emporte, arpentant le salon. Elle le traverse en long et en large, fulminant plus à chaque instant. Elle enrage.

Je la comprends évidemment, même si moi ces regards je ne les vois plus. J’ai appris à ne pas y faire attention.

Ils font trop mal.

 
« On n’est pas des objets. On n’est pas des putain d’objets. Pourquoi ils nous font ça ? Pourquoi ils nous regardent comme ça au lieu de nous laisser tranquilles ? Tout doit être lubrique c’est ça ? Tout doit rentrer dans leurs envies, dans leurs désirs ? Faut toujours qu’on soit ramenées à leurs caleçons ?! »

Elle a raison bien sûr. Comme à chaque fois qu’elle s’énerve en rentrant d’une de nos sorties. Elle a raison mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? Quand on réagit dans la rue personne ne nous soutient, et on fait pas le poids. Clairement pas.

On ne peut que subir et attendre. Espérer que ça passe. Que ça ne laisse pas trop de traces.

 
« J’en ai assez d’être un fantasme par défaut. Ils captent pas qu’ils m’intéressent pas ? Que c’est toi que je veux ? C’est quoi leur problème ?! Je suis censée être attirée, de base ? C’est un acquis à leurs yeux ? Il peut pas en être autrement ? C’est ça qu’ils pensent ?! Que forcément je vais me pâmer face à eux ? »

Pauline s’effondre dans mes bras. Elle pleure.
C’est la femme la plus forte que je connaisse et elle sanglote contre moi à cause d’un regard.

Connard.

 
« Je veux pouvoir te tenir la main sans qu’on nous regarde comme des proies. Je veux me sentir bien quand je me balade avec toi. J’ai pas envie d’avoir à revendiquer ce que je suis, j’ai pas envie de devoir afficher en permanence mes préférences.

Je veux simplement t’aimer, t’aimer sans être dévisagée. »

 
Doucement je lui murmure que je l’aime. Qu’on trouvera un moyen d’être libres, vraiment libres. Que tout ira mieux. Ça ne peut que s’arranger, que s’améliorer. Je crois.

J’espère.

 

#147 – La soirée

Ce soir il sera là. Ça y est. Tu vas le voir. Ce soir c’est ton soir, tout peut arriver.

Ce soir c’est votre soir.

 
Ça fait des jours que t’attends ça, que tu planifies. T’as choisi ta tenue. La robe qui te met en valeur, avec ce décolleté qui fait tourner les têtes mais qui n’est pas trop vulgaire, pour que tu te sentes à l’aise. Sa couleur flatte ta peau et s’accorde avec ton rouge à lèvres préféré. Tu es prête.

Pour les chaussures tu n’es pas allée chercher très loin, tu as pris les plus belles et les plus simples. À talons évidemment, d’autant qu’un jour il a avoué aimer le bruit qu’ils font quand ils claquent sur le sol. Pourquoi se priver d’un avantage, aussi minime soit-il ?

 
En entrant dans le taxi tu sens le regard insistant du chauffeur. Tu sais que ce n’est pas méchant, même si c’est déjà trop.
Pour ne pas compromettre ta nuit tu ne dis rien, préférant éviter une esclandre.

Tu donnes l’adresse et vous filez dans Paris.

 
Il fait déjà sombre, dehors. Les lampadaires sont allumés, et éclairent l’intérieur de l’habitacle de façon psychédélique, presque stroboscopique. Le conducteur a essayé de faire la conversation plusieurs fois et tu as répondu systématiquement, poliment, mais sans jamais relancer.

De toute manière tu n’arrives pas à penser à autre chose qu’aux heures qui s’annoncent.

 
Y a tellement d’espoirs qui se bousculent dans ta tête.

Tu veux le voir. Tu veux lui faire la bise en souriant un peu trop, en te pressant contre lui plus que ce n’est nécessaire. Tu veux remarquer à nouveau cet éclair malicieux qu’il y a dans ses yeux. Il sera bien habillé, parce qu’il est toujours bien habillé. Il sera drôle et malin et pertinent et gentil et serviable et doux et prévenant et…
Il sera lui, et c’est bien ça qui te plaît.

Et puis, à un moment, vous allez vous retrouver un peu seuls. Tu ne sais pas encore comment mais vous vous isolerez. Tu trouveras un moyen.
Là il ne pourra plus résister. Pas après tes avances, toute la soirée.

Vous vous embrasserez.

 
Le taxi te dépose enfin en bas de l’immeuble. Tu payes, sans oublier le pourboire, et te diriges vers le porche.

Code.
Interphone.
Ascenseur.
Ce sont tes derniers instants de liberté totale, avant ton saut dans le grand bain. Tu t’obliges à respirer,  à rester calme – le stress ne t’a jamais aidée, et c’est ce soir que tout doit basculer. Que tout va basculer. Tu dois mettre toutes les chances de ton côté.
Arrivée au quatrième étage tu entends, à travers la porte entrebâillée, la fête qui bat déjà son plein. Ton excitation est à son comble.

Tu entres.

 
Alors que tu enlèves ton manteau, le dos tourné à l’appartement, quelqu’un vient te saluer. Te dire bonsoir.

Cette voix. Cette. Voix.
Cette voix…

 
Tu te retournes en souriant.

La partie peut commencer.

 

#146 – Broderie

J’imagine souvent ma vie comme un ouvrage de couture. Une broderie faite de fils qui s’entremêlent pour refléter une certaine image, une représentation de ce que je suis et de ce que je vis.

Je ne sais pas vraiment qui il y a derrière la machine à coudre, mais le travail n’est en général pas trop mal fait.

 
Y a plein de fils, dans ma vie. Certains sont toujours là, prenant simplement plus ou moins de place selon les périodes : ma famille, mes amis, mes passions. Ils ne vont pas forcément très bien ensemble, quelques uns détonnent un peu parfois, mais ils forment la toile de fond, le paysage forcément présent sur lequel les aiguilles dansent pour ajouter des arabesques.

C’est la base nécessaire, qui empêche le tissu d’être bêtement vierge.

 
Évidemment il y a moi sur cette broderie, aussi. Je ne suis pas qu’un seul et unique fil, non ; je suis un réseau complexe de couleurs, qui varie avec le temps – avec les expériences et les rencontres.

La trajectoire de ce faisceau est un peu chaotique, avec ses hauts et ses bas, mais la direction générale est toujours la même. Pourtant dans le lot il y a ce fil noir, ce putain de fil noir qui a toujours été là et qui est terrible, parce qu’il côtoie d’autres fils merveilleux parfois, jusqu’à les pervertir. Il essaie de les emporter avec lui, de les détourner, de les emmêler – mais je le lui refuse.
Les fils qui l’entourent sont incapables de le faire disparaître mais le vainquent toujours, le repoussant vers le bon chemin.

 
Enfin, et c’est probablement le plus magique, il y a quelquefois des nouveaux fils qui font leur apparition – des fils d’exception, des fils sublimes faits d’or ou d’argent. Leur irruption est impossible à prévoir mais ce sont eux qui donnent toute sa valeur à cette broderie, eux qui la font sortir de l’ordinaire et la magnifient.

Leur seul et unique défaut c’est qu’ils sont plus fragiles que les autres et ont tendance à vite casser. Alors il faut en prendre soin, les préserver, et éviter à tout prix qu’ils ne rencontrent mon fil noir.

 
Je crois qu’avec toi je n’ai pas réussi.

 

#145 – Immortalités

J’ai beaucoup de mal à appréhender ma propre mortalité.

Bien sûr, je sais que je ne suis pas immortel, et qu’il faudra bien y passer un jour. Mais quand j’entends qu’un milliardaire russe paye des fortunes une équipe de scientifiques pour qu’ils trouvent le moyen de transférer la conscience d’un être humain dans un système informatique, le rendant virtuellement éternel, je me mets à rêver des possibilités que cela permettrait. Vous imaginez, pouvoir engranger des décennies et des décennies de savoir pour étoffer sa réflexion ? Voir plus loin que personne n’a jamais vu, car personne n’a vécu pendant plusieurs siècles ? Ne plus avoir peur du temps, jamais ?

C’est un rêve fou mais merveilleux qui, s’il devient réalité, ne sera probablement et malheureusement pas ouvert à tous.

 
Et puis il y a la deuxième facette de mon appréhension de la mort, celle qui ne me quitte jamais vraiment.
Pourrais-je survivre à ma propre mort ?

On parle ici de mémoire, du souvenir que je pourrais laisser. Mes amis, ma famille, mes enfants et mes petits-enfants peut-être, eux se souviendront normalement de moi. Mais après ? Ils finiront par mourir, eux aussi. Qui sera alors encore là pour se rappeler qu’un jour j’ai foulé cette Terre, moi en tant qu’individu unique ? Qui saura ce que j’ai fait, qui j’ai été, ce que je représentais ? Qui aura conscience que j’ai existé ?

Qui continuera à prononcer mon nom, des siècles après mon décès ?

 
C’est effrayant, parce que l’oubli semble infini. Pourtant certains en sont sortis, marquant à jamais leur époque et nos vies. Alors cette question me taraudera toujours.

Pourquoi pas moi ?

 

#144 – Inutiles sacrifices

Les sacrifices c’est des conneries.
Sérieusement.

 
T’as déjà retiré quelque chose d’un sacrifice toi ? Qu’il soit financier, temporel, professionnel, émotionnel… Alors ? Parce que moi jamais.

Pas une fois.

 
À chaque fois je me dis que c’est la bonne chose à faire, pourtant. Qu’il faut faire passer les autres avant soi, que s’ils demandent c’est qu’ils en ont besoin, que c’est comme ça que doit agir un homme bien. Pire, tant que je pense que c’est une requête juste et non un caprice, je me sens mal si je ne fais pas ce que je peux pour aider. C’est l’entraide qui nous fait avancer, non ? L’humanité progresse quand on se met côte à côte, pas face à face. Y a que comme ça qu’on peut rendre le monde meilleur, même légèrement.

 
Alors bien sûr il ne s’agit pas souvent d’améliorer la civilisation – en général ton dévouement n’embellit que la vie de tous les jours de quelques personnes.
Et c’est déjà beaucoup.

De toute façon tu fais pas un sacrifice dans l’espoir d’obtenir quelque chose en retour – sinon ce n’est plus un sacrifice mais plutôt un investissement. Seulement parfois rien qu’un peu de reconnaissance ne ferait pas de mal. Un signe que ça n’a pas été vain. Que tu as eu raison de te mettre en retrait.

 
La vérité malheureusement c’est que ça fonctionne pas, pour la simple et bonne raison qu’en face les gens ne pensent qu’à eux et qu’ils n’en font jamais, des sacrifices. Pas pour toi. Ils en ont rien à foutre, satisfaits qu’ils sont de leur égoïsme.

Parfois je me demande si on ferait pas mieux de devenir comme eux.

 

#143 – Le sweat blessé

Chez moi, dans un cadre suspendu au mur, y a un bête sweat American Apparel protégé par un panneau de verre. Un truc au bleu marine passé depuis longtemps, et dont l’une des poches avant est déchirée.
Quand des gens viennent pour la première fois dans mon appartement, ils ne peuvent s’empêcher de demander ce que ce truc fait dans ma déco. Et ma réponse est toujours la même.

« À ton avis ? »

 
Certains pensent qu’il a appartenu à un artiste connu, d’autres que c’est une œuvre d’art contemporain ou un truc un peu bizarre et vaguement ironique venu d’un obscur magasin de décoration. La vérité, c’est que ce pull a tout vécu.

C’est celui que je portais, le soir où V. m’a attaqué.

 
À chaque fois que je regarde ce cadre je me rappelle que j’ai vécu des heures terribles, que j’en garde des cicatrices, mais que j’ai surmonté ma propre histoire. L’afficher de façon aussi directe est un sacré symbole ; les supplices de V. furent longtemps un tabou qui ne franchissait pas mes lèvres, ajoutant à la douleur l’impuissance.
Aujourd’hui j’ai changé, et je suis bien moins vulnérable que par le passé.

Je suis fier d’avoir dépassé le mal que V. m’a fait, tout en étant assez fort pour en avoir une preuve tangible tout le temps sous les yeux. Ce n’est évidemment pas comme si je pouvais l’oublier, mais il est important pour moi d’exposer ce qui est une trace de ce que j’ai pu endurer – de ce que j’ai pu subir puis surpasser.

 
Placer ce sweat à cet endroit était une revanche. Un cri à la face de V. pour lui prouver qu’elle ne m’avait pas détruit.

Même si elle ne le saura jamais.

 

#142 – Petit cadeau

J’ai trop parlé aujourd’hui pour écrire ce soir.

Mon corps est usé, et mon esprit émoussé. Je vais en profiter pour me faire un cadeau, pour une fois : m’autoriser à être bien. Me forcer à passer avant les autres, avant l’égo et la fierté. Parce qu’on m’a rappelé qu’il fallait que je prenne soin de moi, aussi.
Parfois.

 
C’est pour ça que ce soir je choisis la raison… la passion n’a que trop duré.

#141 – Table rase

Je préfère te faire danser à t’envoyer valser mais j’ai pas le choix.

Table rase.

 
C’était bien le temps que ça a duré. C’était bien quand ça marchait et quand ça marchait pas aussi, c’était bien quand on essayait tous les deux, quand on le voulait, quand on savait que c’était la meilleure chose de l’univers et que ça dépassait tout, absolument tout le reste.
C’était bien parce que c’était plus fort que tout ce qu’on aurait pu imaginer.

C’était bien quand ça a commencé, quand c’était tout neuf et tout joli. On savait pas trop où on mettait les pieds mais ça allait être parfait, on en était sûrs. Ne manquaient que quelques meubles et un coup de peinture.
C’était bien parce que c’était simple et que c’était exactement ce qu’il nous fallait.

C’était bien après, quand on s’est installés. La vie suivait son cours et moi ton corps, on était heureux et on le criait aux dieux. On contrôlait rien du tout mais on faisait bien semblant – on avait l’impression d’être des grands. Et d’avoir toujours raison.
C’était bien parce qu’on était tellement persuadés que c’était le cas qu’on courbait la réalité. Elle se pliait à nous et non l’inverse. Pour changer.

C’était bien ensuite, quand on s’est séparés. J’avais nos souvenirs et puis toujours l’espoir ; c’était une séparation temporaire, t’allais revenir avec le mobilier et tout allait être comme avant. On aurait rajouté des tableaux aux murs et on aurait été heureux à nouveau.
C’était bien parce que c’était possible, et que c’était bien suffisant.

 
Enfin, c’était bien d’y croire quand toi t’essayais plus. J’avais l’impression d’être un berger, toi t’étais perdue c’était évident, mais t’allais bien finir par retrouver ton chemin, notre chemin – quitte à ce que je te serve de guide.
Oui, c’était bien d’y croire jusqu’au jour où j’ai arrêté d’imaginer que, de ton côté, tu y croyais.

 
Je ne peux plus vivre d’illusions.

Table rase.

 

#140 – Démence dans la nuit

J’aime pas les gens qui hurlent dans la rue la nuit.

 
« T’es qu’une grosse salope ! Sale pute va, pour brailler t’es là hein. Connasse ! »

 
Y avait cet homme hier qui criait contre les ombres. On l’a entendu se rapprocher progressivement, au son de ses vociférations et des bris de verre – il jetait régulièrement des bouteilles d’alcool sur le sol, les éclatant en mille morceaux.

C’était comme savoir qu’un des cavaliers de l’Apocalypse fondait droit sur nous.

 
« Pouffiasse. Toutes des connasses. Je baise ta mère putain, j’te trucide t’entends ?! »

 
Ce qui est effrayant dans ces cas-là c’est qu’une personne dans cet état est imprévisible. Son comportement est tellement erratique qu’on ne peut pas la lire ; impossible de prévoir ce qu’elle compte faire, où elle va, ou quel sera son prochain geste.

Tu sais pas de quoi elle est capable. Jusqu’où elle peut aller.

 
« Je te DÉFONCE. Dégage putain dégage ou je te jure je te nique. T’es qui hein ? Comment tu me parles là ? T’es une princesse ? Je te baise salope JE TE BAISE ! »

 
Souvent ces personnes sont des hommes. Seuls. Bourrés. Perdus. Détruits aussi, sûrement. Y a plus d’âme dans leurs yeux. Pas une trace.
Ça n’excuse rien bien sûr, mais ça rappelle qu’a priori il y a quelqu’un derrière le monstre.

A priori.

 
« J’vais les découper en petits morceaux. J’vais les enculer et j’vais les fracasser. Ces putes. OUAIS DES PUTES. C’est tout ce qu’elles méritent. CES GROSSES SALOPES JE LES NIQUE ! »

 
L’homme qui s’égosillait a fini par passer à notre niveau. Comme toujours dans ces moments-là je suis sur la défensive, aux aguets : il n’y a plus que l’instinct de survie qui a droit de cité. Le type crie dans le vide et il s’agit de pas lui donner de cible réelle. D’empêcher sa folie de devenir physique.

Il ne nous a même pas accordé un regard en croisant notre chemin.

 
Face à cette violence incontrôlée il n’y a pas de solution. Tant que la personne ne s’en prend pas à quelqu’un le mieux c’est de ne rien faire. On peut pas la raisonner, on peut pas la sortir de son état. On ne peut qu’attendre.

Attendre et espérer de ne jamais, soi-même, en arriver là.