#272 – Plaire. Ne pas comprendre.

Il paraît que je suis sexuelle. C’est terriblement gênant, et affreusement flatteur.

Je ne sais pas vraiment quoi en penser.

 
On me le dit de plus en plus souvent, en ce moment. Comme si un truc avait changé, comme si je m’étais révélée, comme si subitement j’assumais. Pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir modifié quoique ce soit chez moi ; je suis toujours la même, je pense pareil, je m’exprime pareil, j’ai pas changé de style vestimentaire, pas pris ni perdu un seul kilo, mes seins et mes fesses n’ont pas bougé du tout… Ce n’est que moi, seulement moi. La bonne vieille moi.

Et pourtant.

 
J’ai jamais autant plu que lors de ces dernières semaines. Jamais reçu autant de propositions de mecs qui sont pas en chien, jamais concrétisé autant d’envies. Tout est simple de ce côté-là ; pour la première fois je veux et j’obtiens, je joue et je gagne. Un pouvoir fantastique, même si parfois j’ai un peu la sensation de pas le contrôler.

Ça part dans tous les sens.

 
Ce qui ne m’aide pas à comprendre, c’est que ça ne vient pas de mon physique. L’attirance immédiate que je semble désormais provoquer n’est pas due à ma plastique – aucune amélioration sur ce plan-là, et si je n’ai pas à me plaindre je n’ai jamais été une bombe sur laquelle les gens se retournaient. Non, ce sont ma voix et mes yeux dont on me parle sans cesse – même quand je ne cherche pas à séduire.

Même quand je ne suis que moi.

 
Ma voix. Ma voix et son grain naturellement suave, ma voix chaude, plutôt grave. Ma voix qui peut susurrer tout et n’importe, pour les rendre fous. Ma voix qui les fait frissonner même quand je ne fais que m’exprimer, sans la rendre volontairement plus excitante.

Et puis mes yeux. Mes yeux et leurs regards en coin, charmeurs, rieurs, joueurs. Mes yeux qui se plantent dans les leurs sans ciller, mes yeux qui soutiennent leurs regards ; mes yeux qui sont froids parfois, qui glacent quand ils observent et s’attardent sur chaque aspérités de leur personne. Mes yeux qui transpercent, que je le veuille ou non.

 
Mes yeux, et ma voix.
C’est tout.

 

#271 – Le bout du rouleau n’existe pas

Je suis au bout du rouleau, tous les soirs.

J’ai le temps de rien.

 
J’ai pas le temps de réfléchir. J’ai pas le temps de me poser, de respirer, de profiter, et de méditer. C’est pour ça que j’écris un peu n’importe quoi en ce moment ; j’écris de façon automatique, j’écris parce qu’il faut bien écrire, il faut bien que quelque chose soit publié – ici ou ailleurs – il faut bien de la nouveauté derrière le clic, toutes les heures ou tous les jours. Je couche les mots comme ils viennent parce que je peux pas me permettre plus, l’horloge tourne et il y a beaucoup à faire, trop à faire diront certains.

Moi je refuse qu’il y ait trop à faire.

 
Bien sûr parfois c’est difficile. Parfois mon corps m’endort de force à une heure du matin pour me réveiller à cinq, et je le force à ne retourner vers le sommeil parce qu’il y a encore des trucs à finir, à peaufiner, à rendre, à présenter. Bien sûr je dors peu ; j’étends le temps autant que je le peux mais malgré toute mon envie je ne suis pas magicien, je ne peux pas faire apparaître des heures supplémentaires quand nécessaire. J’arrive à étirer mes journées et c’est déjà beaucoup, certains n’en sont même pas capables.

En général ça suffit justement, parce que c’est un avantage que les autres n’ont pas. En ce moment j’ai l’impression que ce n’est plus assez.

 
Alors j’accumule la fatigue. Je rattrape pendant le week-end, parfois. Il y a des gens à rencontrer, des projets à concrétiser, des chansons à écouter, des films à voir, des histoires à raconter. Ça fourmille de partout, mon monde est en ébullition et j’aime ça. J’aime ça par-dessus tout, même si ça m’éreinte ; je l’occulte cet épuisement, je le cache sous le tapis pour pas le regarder en face et ne pas y céder.

Un jour j’accepterai d’être exténué, oui. Plus tard.

 
Pour l’instant je n’ai pas le temps.

 

#270 – Départ imminent

Elle part. Rien de confirmé bien sûr, puisqu’Elle ne me dit plus rien, mais Elle part. C’est presque sûr.

Fait chier.

 
Je savais qu’Elle voulait partir. On en parlait déjà quand on se voyait encore, quand Elle me racontait sa vie, quand Elle me disait tout. Je savais que ça allait arriver, et même que ça allait arriver cette année ; j’étais au courant, mais c’est toujours très différent quand ça devient réel. Quand les projets se concrétisent.

Elle va quitter le pays, et n’a même pas pensé à me prévenir.

 
Évidemment, Elle doit se douter que je suis au courant. Rien ne reste secret très longtemps quand on a des amis en commun – et on en a de nombreux, Elle et moi. Elle savait très bien que son départ allait m’être rapporté, que quelqu’un finirait par me le dire. Peut-être espérait-Elle que je ne l’apprenne qu’une fois son avion envolé, qu’une fois hors de ma portée.

Après tout, je ne sais pas exactement où Elle va. Et de toute façon, je ne compte pas la pourchasser.

 
Je me demande comment ça va être, sans sa présence dans les rues. Aujourd’hui je ne la vois plus mais je sais qu’Elle est là, quelque part ; je sais que je peux la croiser quand je passe dans son quartier, dans ses terres. Demain Elle ne sera plus là ; il me sera impossible de tomber sur Elle par hasard – il me sera carrément impossible de le souhaiter, car il n’y aura plus d’espoir que ça devienne une réalité. Il n’y aura plus rien, si ce n’est des milliers de kilomètres entre Elle et moi.

Merde.

 
Il faut absolument que je la voie avant qu’Elle ne boucle ses valises.

 

#269 – Avant qu’ils n’arrivent…

Vite. On n’a pas beaucoup de temps. Ils vont bientôt arriver, envahir l’appartement, et ne nous laisser aucun répit. Il faut faire vite, et il faut faire maintenant. Tout de suite. On a vingt minutes, quarante en comptant sur leur retard habituel. Dépêchons-nous.

J’ai envie de toi.

 
Tu le sais, que cette robe me rend fou. Que la façon dont elle épouse ton corps réveille mes sens. Je pourrais passer des heures à suivre tes courbes des yeux, à m’attarder sur le galbe de tes seins, à dévorer de mes regards tes fesses qu’elle met en valeur – tellement que c’en est surnaturel. Je l’ai déjà fait, d’ailleurs. T’observer pendant de longues minutes, profiter de ces découpes qui te dénudent discrètement, de ta poitrine qui tend un peu le tissu à chaque inspiration ; remarquer l’éclat de ce rouge qui rehausse ta beauté, la douceur de la matière qui pourtant rivalise à peine avec celle de ta peau…

Je pourrais utiliser ce temps à te regarder, oui. Mais je sais que pour ça j’aurai toute la soirée.

 
Pour l’instant, je préfère te plaquer contre l’un des murs du couloir de l’entrée.

 
Une de tes mains s’égare sous mon jean et s’accroche à mon sexe. Ta langue caresse la mienne ; leur ballet s’accélère alors que mes doigts se pressent entre tes cuisses. J’ai envie de te dévorer, de te faire jouir jusqu’à ce que tu ne puisses plus t’arrêter de trembler ; j’ai envie de devoir te retenir contre moi pour ne pas te voir tomber à genoux, terrassée par les secousses que j’aurais provoquées.

Ça nous est déjà arrivé.

 
Trois doigts en toi, j’embrasse ton cou et tes seins. Tes mains se perdent dans mes cheveux — tu as depuis longtemps lâché mon sexe, incapable de te concentrer sur les mouvements à lui appliquer. Je m’en fous : c’est toi que je veux entendre gémir. Je veux te rendre au centuple ce que tu déclenches chez moi, ce que tu as suscité lorsque tu es sortie de la chambre en portant cette robe-là.

Soudain, ton souffle chaud s’affole dans mon cou.

 
Tu te contractes. Contre moi, autour de moi. Partout. Tes joues s’emplissent du feu qui régnaient dans ton bas-ventre ; tu dégages une chaleur intense, presque insoutenable. Je me colle contre toi, contre ton front en sueur, contre tes lèvres entrouvertes, contre ton visage illuminé d’un sourire.

À cet instant le temps s’arrête et il n’existe plus que nous.

 
Tu ris légèrement, de ce rire que tu as quand tu ne sais pas vraiment pourquoi mais que c’était fort – plus fort que d’habitude, plus fort que ce à quoi tu t’attendais. Il est précieux, ce rire de satisfaction, et je m’en délecte en t’embrassant dans le cou.

Dehors, nos invités font retentir la sonnette.

 
Pour la quatrième fois.

 

#268 – L’instant

Elle est si belle, c’en est indécent. Elle n’aurait jamais dû me regarder comme ça – comme si elle allait me dévorer sur place, là, tout de suite, maintenant. Elle a baissé la tête, levé les yeux, les a planté dans les miens et subitement j’étais la sucrerie la plus désirable de l’univers. Mon cœur a fondu, je me suis liquéfié, j’ai voulu l’embrasser. Je l’ai voulu de toutes mes forces ; je ne pensais plus qu’à ça, chaque seconde qui s’écoulait était une heure entière tant j’étais perdu dans son regard, ses envies et les miennes ; chaque fibre de mon être se tendait pour me rapprocher d’elle, pour que ma bouche rejoigne enfin la sienne.

Il faisait 5°C, et pourtant j’avais chaud.

 
Elle s’est mordu la lèvre en souriant légèrement. Elle était là, dans mes bras, serrée contre moi tout fort. On avait des manteaux, des pulls, des écharpes ; autant de barrières entre nos peaux qu’on faisait tout pour ignorer en s’enlaçant de plus en plus intensément. Le sang s’est mis à affluer dans mes lèvres ; je l’ai senti les emplir, les colorer d’un rouge plus vif, leur permettre de s’épanouir avant de les laisser s’entrouvrir. L’excitation du baiser à venir les rendait plus sensibles et plus volontaires ; quand elle a posé les yeux dessus elle a laissé échapper un soupir.

Un soupir plein d’envie.

 
J’aurais aimé que ce moment suspendu dans le temps ne s’arrête jamais. J’aurais voulu qu’elle n’ait pas à partir, j’aurais voulu ne pas avoir mille choses à faire, juste après. J’aurais voulu qu’il soit plus tôt ou plus tard, j’aurais voulu qu’on soit autre part même si je ne voulais surtout pas être ailleurs. J’aurais voulu qu’elle s’accroche à moi pendant des heures et qu’elle ne me lâche pas. J’aurais voulu qu’on soit seul, qu’il n’y ait personne. J’aurais voulu l’embrasser.

J’aurais voulu l’embrasser, tout autour de nous les gens le savaient, les gens le voyaient, et je n’ai pas osé.

 

#267 – Disparitions

Mes souvenirs s’effacent progressivement. Toute notre histoire, tout ce qu’on a fait, tout ce qu’on a vécu, tous les détails de ta vie que j’avais retenus. Tout disparaît.

Le temps fait son œuvre, et je ne peux pas l’en empêcher.

 
Je ne me souviens plus des prénoms de tes amis, ni de ceux des membres de ta famille. Je me souviens à peine de leurs visages alors que j’ai vécu avec eux pendant des années ; ils habitaient ta vie et donc la mienne et pourtant ils disparaissent, malgré mes efforts.

Je ne peux que leur dire au revoir.

 
Je ne me souviens plus de tes préférences. Je ne me souviens plus de ce que tu n’aimes pas manger, de ce que tu n’aimes pas boire, de ce que tu ne supportes pas. Je ne me souviens pas de tout ce qui te faisait toi, toi en tant que personne unique.

Je ne te connais plus.

 
Je ne me souviens plus de ta voix. Je ne me souviens plus ton odeur. Je ne me souviens plus de ton goût, ni de la sensation de ta peau contre la mienne – ou sous mes doigts. Je ne sais plus ce que c’est de te faire l’amour.

Je sais simplement que c’était unique, sans pouvoir ressentir pourquoi.

 
C’est tout ce qui me reste vraiment, au fond. Des savoirs. Je sais comment c’était, je sais comment tu étais, je sais que je connaissais à ton sujet des choses que tu n’avais jamais dites à personne, je sais que je parvenais à m’en souvenir alors que je ne retiens jamais rien, je sais que nous étions une exception inattendue.

Je sais tout ça mais je ne l’éprouve plus, et le réaliser c’est te perdre encore une fois.

 

#266 – Méditation

S’allonger. Sur le dos. Sur son lit. Regarder le plafond.

Voir le ciel.

 
Il y a tellement d’étoiles, là-haut. Tellement de planètes à observer, tellement de lunes sur lesquelles se poser, tellement de galaxies où enfin se perdre.

C’est immense. Infini.

 
C’est merveilleux.

 
Souvent je me perds dans l’espace. Ça ne demande pas grand chose – simplement un peu de temps, de la musique peut-être, et une pénombre relative. Je sens mon corps qui s’élève et je m’envole doucement au loin, glissant hors du présent.

Tout tournoie autour de moi et je pars, souriant à l’avance face au voyage qui m’attend.

 
Je ne m’endors pas, bien sûr. Quand je m’évade de la sorte je reste pleinement éveillé, pleinement conscient – c’est comme ça que l’on en profite vraiment. S’endormir c’est se mettre à rêver ; ces voyages-là sont réels, ils ne doivent pas basculer dans l’imaginaire.

Ils sont une forme de méditation. Une transe légère.

 
Ces sorties hors de mon corps et du temps offrent un repos incomparable. Elles apaisent et, surtout, recentrent. Lorsque j’en reviens je me sens toujours mieux, détendu, soulagé.

En phase avec le monde que je viens d’explorer. En phase avec l’univers.

 
J’aime ces balades. Ces moments qui m’appartiennent et où rien ne peut m’atteindre. J’y redeviens moi, vraiment moi – compatissant, compréhensif, observateur, calme. Tranquille. Plein d’empathie.

Tout est simple. Clair. Limpide.

 
Le monde est cent fois plus beau quand on prend le temps de s’y mêler.

#265 – Au bord de la mer

L’air frais qui emplit ma bouche, qui emplit mon nez, qui emplit mes poumons. L’air frais qui entre en moi, m’habite et me nettoie. Plusieurs fois.

L’eau, qui caresse mes doigts. L’eau salée qui s’échoue sur le sable et vient jouer avec moi. L’eau qui m’enlace, qui m’accueille en son sein ; l’eau qui sait à quel point j’en ai besoin.

Les vagues. Les vagues qui bruissent, les vagues qui ne s’arrêtent jamais. Les vagues inlassables que je retrouve chaque année. Mes vieilles amies.

Le sable doux sous mes pieds. Le sable dans lequel je m’enfonce doucement, le sable chaud, le sable qui m’absorbe. Qui s’accroche et qui veut toujours s’enfuir avec moi.

Les coquillages qui craquent sous mes pas, les coquillages qui coupent, les coquillages qui surprennent. Les coquillages qui ravissent et que je rapporte avec moi. Les coquillages que j’offre.

Les rochers qui forment des chemins sur lesquels je peux marcher. Les rochers sur lesquels je cours, je saute, j’avance. Les rochers sur lesquels m’isoler.

Les digues. Les digues où je m’assois pour penser. Les digues qui s’arrêtent en pleine mer, les digues qui ont une fin mais qui vont jusqu’au bout du monde. Au bord de l’infini. Loin, vers l’horizon.

Les mouettes qui crient. Qui se moquent, qui se battent, qui virevoltent. Les mouettes qui effraient mais n’agressent pas, les mouettes qu’on écarte et qu’on fuit.

Les maigres filets de nuages, légères trainées blanches et fuyantes qui contrastent avec le bleu des cieux. Les nuages qui s’évaporent en dansant dans l’immense.

Le Soleil. Le Soleil qui réchauffe tout, même lorsqu’il se couche. Le Soleil qui teinte le ciel de mille couleurs, dans un dégradé allant du rose au doré.
Il est beau, ce Soleil.

Elle est belle, cette mer.

#264 – Poème à deux voix

Touche ma peau, et enflamme-moi.
Sens comme elle est lisse à cet endroit-là.
Je peux être rêche, je peux être rugueux
Mais mon sexe est doux quand il est amoureux.

Toute la nuit j’ai rêvé de cet instant.
De tes mains, qui parcourent mon corps.
Viens, je n’en puis plus, je t’attends,
Viens… prends-moi fort.

Tes doigts m’ont réveillé, ta bouche m’a tendu,
Je vais te délivrer comme tu l’as voulu.
Entre tes cuisses doucement je me penche
Et bientôt elles ne lâchent plus mes hanches.

Je l’ai tant imaginé, je ne peux réaliser
Ce doit être une chimère, un mirage
Pourtant c’est vrai, en moi tu viens d’entrer
En sueur, nous devenons sauvages.

 
Tes mouvements accompagnent les miens
Mon corps est enfin tien
Tu ondules de plus en plus fort
Je sens venir la petite mort
Je vais jouir, mon amour
Je vais jouir, mon amour
Je me déverse, tu soupires,
C’était si bon que tu devrais l’écrire.

#263 – Elle a… menti (?!)

Je pensais que je recevrais un message.

Je suis déçue.

 
J’ai appris que t’allais partir bientôt. J’ai appris que t’avais changé sur des aspects fondamentaux de ta vie, sur ce que tu veux faire de ton futur, sur la vie que tu comptes mener. J’ai été extrêmement surprise, parce que ce sont des choses dont on a parlé, des choses tellement importantes qu’à mes yeux tu devrais me les annoncer, même si tu m’as sortie de ta vie.

Le jour où t’es partie t’as dit qu’on s’en sortirait tous les deux, que « nous » s’en sortirait. Qu’on vivrait pas séparées pour toujours.

 
J’ai l’impression que t’as menti.

 
Ça m’énerve d’ailleurs, d’avoir cette impression. J’ai toujours accepté le fait que tu me devais rien, que je savais à quoi m’attendre, que j’avais pas vraiment mon mot à dire. J’ai embrassé cette idée dès le début et je l’ai gardée en tête jusqu’à la fin – jusqu’au moment où finalement t’es partie parce que notre histoire était trop forte. Je savais que ça arriverait, j’étais prête, et pourtant ça m’a mise à terre.

Tu avais dit trop de choses me laissant penser que j’étais plus importante que tes actes ne me l’ont fait comprendre.

 
C’est pour ça que je me dis que tu m’as menti, que je ressens cette douleur quand je pense à toi. Fallait pas m’expliquer qu’on était spéciales toi et moi, qu’on avait un vrai truc rien qu’à nous, un truc unique qui nous rendait invincibles – indestructibles même dans l’éloignement, même dans la séparation. Bien sûr quand j’en parle comme ça, à froid et des mois après, je me trouve idiote d’y avoir cru. Je n’aurais jamais dû. J’ai peut-être été naïve, mais sur le moment tes yeux brillaient si fort qu’ils m’ont convaincue.

C’était tellement beau que je ne pouvais que m’accrocher à tes mots et me les approprier – à tel point qu’ils seront bientôt sur ma peau. Tu le savais, que ça me bouleverserait, et pourtant tu les as prononcés quand même, comme on fait une confidence.

 
Aujourd’hui je suis déçue. J’ai mal. Pas parce que t’es partie, pas parce que tu vas changer de vie, pas parce que tu dis rien. Rien de tout ça – même si ça fait déjà beaucoup à encaisser. Je me sens trahie pour une seule et unique raison. La pire de toutes.

Je crois que je viens enfin de comprendre que tu t’es bien foutue de moi.