300 – Harcèlement de rue

Hier j’ai vu deux femmes se faire aborder par deux mecs dans la rue. Ils n’étaient pas spécialement agressifs mais avaient l’air plutôt insistants, alors j’ai ôté mes écouteur – une chose rare – pour être sûr que tout allait bien.

C’était l’une des premières fois que j’assistais en direct à du harcèlement de rue.

 
Je me suis posté un peu plus loin, l’oreille tendue. Je ne voulais pas intervenir tout de suite parce que je ne suis pas un chevalier blanc, et que les deux femmes semblaient plutôt bien s’en sortir. Je restais malgré tout aux aguets – au cas où cela dégénère, au cas où il faille apporter un soutien immédiat, au cas où ces deux abrutis ne décident d’aller encore plus loin.

Je ne voulais pas qu’elles se sentent seules, mais je ne voulais pas débarquer pour les sauver tel l’homme que je suis non plus, si ce n’était pas nécessaire.

 
Et j’ai bien fait, d’ailleurs.

Les deux femmes ont progressivement pris le dessus. Les hommes battaient en retraite sous leurs assauts verbaux ; les railleries ont commencé à fuser et soudainement tout étaient inversé : elles avaient le pouvoir. Elles avaient renversé la situation, sans avoir besoin d’aide.

Les mecs se sont alors enfuis sans demander leur reste, essayant piteusement de trouver une repartie sans y parvenir. Tournant le dos à celles qu’ils avaient abordés, ils ne les ont pas vues rire à gorge déployer.

 
C’était magique de les entendre rire comme ça, de soulagement et de fierté d’avoir tenue tête. Magique et beau.

J’ai souri, et j’ai remis mes écouteurs. Elles n’avaient pas eu à être sauvées. Elles étaient heureuses.

 
Tout allait bien.

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299 – Rock’n’roll

Tout va vite, si vite, tellement vite. Il y a des éclairs qui traversent les corps, des corps qui bougent dans tous les sens et des sens qui exultent, sans aucune retenue.

Tout va vite, si vite, tellement vite. C’est le rock’n’roll.

 
Cette scène est absurde parce qu’elle a lieu dans une rame de métro, un jeudi soir, vers 23h30. À cette heure-ci en pleine semaine les gens sont habituellement endormis, ils n’ont pas une once d’énergie, ils s’endorment sur leur siège et ne rêvent que de leur lit.

Le métro le jeudi soir c’est ça normalement, mais pas cette fois ; cette fois la musique a pris le dessus, cette fois les guitares tranchent la torpeur qui risquerait de s’installer, les batteries détruisent le silence avec fracas ; cette fois les basses raniment même ces zombies que sont devenus les voyageurs.

Cette fois c’est le rock qui décident de tout.

 
La chanteuse éructe et les passagers s’animent ; ils dansent tous dans ce wagon à moitié vide, profitant de la place qui leur est accordée pour balancer leurs bras dans tous les sens. Soudain le métro freine brutalement, et le monde se retrouve sans dessus dessous ; des usagers normaux s’en offusqueraient mais ce soir ils en rient – ils en rient parce qu’ils s’en foutent, parce que la musique continue, parce que la vie continue et que les turbulences qui tentent de les mettre à terre ne suffisent pas à les empêcher de sourire.

Ils s’en foutent parce que ce qui parcourt leurs veines les rend plus forts. Plus fous.

Invincibles.

 
Le rock’n’roll.

C’est dingue comme des écouteurs, crachant à plein volume, peuvent modifier notre perception de la réalité.

 

298 – Avant qu’il ne soit trop tard

« Fais-le, avant qu’il ne soit trop tard. »

« Avant qu’il ne soit trop tard. »

 
Et s’il était déjà trop tard ?

 
On ne va pas se leurrer : il est déjà trop tard. Il est trop tard parce que tu en viens à cet ultimatum, parce que c’est la seule chose que tu sois capable de dire, parce que t’as envie qu’il soit trop tard. Il est trop tard parce que t’as décidé que c’était le cas, parce que c’est comme ça et pas autrement, parce que tu ne veux surtout pas t’autoriser à penser le contraire.

Il est déjà trop tard car c’est la position que tu as choisie.

 
C’est facile, de se dire qu’il est trop tard. Ça permet de baisser les bras en reportant la faute sur autre chose et de ne pas se sentir coupable ; c’est le temps qui devient responsable, le temps qui a filé et qui n’est plus disponible, le temps qui manque et que l’on ne peut rattraper.

« Il est trop tard » c’est l’abandon qui se cache derrière une excuse potentiellement inattaquable parce que le temps ça ne se contourne pas.

 
Ce raisonnement n’est pas faux d’ailleurs, a priori. Le temps c’est inexorable, on ne peut ni passer à côté ni passer en dessous, on ne peut l’éviter ni l’arrêter.

Il ne fait qu’avancer, inlassablement, sans nous demander notre avis.

 
Pourtant, à mes yeux et malgré tous ces écueils, il n’est jamais trop tard. Sache-le. Il n’est jamais trop tard car si on ne peut pas l’éviter, on peut se battre contre le temps. Il est compressible, et on peut toujours s’arranger pour le forcer à se plier à notre volonté.

Le temps peut être vaincu. C’est pour ça qu’il n’est jamais trop tard.

 
Jamais.

297 – Pleurer

J’aimerais bien pleurer, parfois.

Tout lâcher.

 
Je ne sais pas quand j’ai pleuré pour la dernière fois, que ce soit de peine ou de joie. Je n’y arrive pas, c’est complètement bloqué depuis des années et il n’y a rien qui parvienne à y remédier.

Mêmes les émotions les plus violentes ne provoquent pas la moindre larme, comme si je n’avais pas les pièces qu’il faut. Comme si je n’étais pas câblé pour.

 
C’est terrible parce que je les sens monter en moi, ces pleurs qui ne sortent pas. Je les sens naître dans ma cage thoracique, tourner dans tous les sens, remonter dans ma gorge puis venir au bord de mes yeux. De là ils observent le monde et ma douleur ; ils observent mais n’explorent jamais, ne s’aventurent pas plus loin.

Ils ne s’écoulent pas, mes pleurs, ils s’amassent puis ils retombent à l’intérieur.

 
À chaque fois que ça arrive je me dis que normalement, je devrais pleurer. Je me dis que normalement je devrais m’effondrer, sangloter, m’étouffer à force de larmes. Je devrais m’y noyer tellement elles ont l’air nombreuses.

Je crois que ce n’est pas normal d’être aussi sec. Que ce n’est pas normal d’être un désert lacrymal, d’être une source qui ne coule pas, d’être un puits toujours vide.

 
Alors j’aimerais pleurer parfois, oui. Tout lâcher. Je pense que ça me soulagerait un peu, que ça m’enlèverait un poids et me permettrait de me sentir plus léger. Je m’en veux de pas y arriver, de ne pas en être capable.

Je m’en veux parce que je sais qu’au fond, pleurer enfin, j’en ai vraiment besoin.

 

296 –

Aujourd’hui je ne vais rien écrire. Je ne veux pas écrire – je n’ai plus la force d’écrire, en fait, car de toute évidence il n’y a rien.

 
Il n’y a plus rien.

295 – Rêveries II

J’ai rêvé de toi à nouveau, cette nuit. Ça fait beaucoup en peu de temps, pour quelqu’un qui avait quitté mon esprit.

Je ne sais pas ce qui m’arrive.

 
C’est vrai, il y a de nombreux bouleversements dans ma vie ces temps-ci. Ma vie professionnelle a changé, mon environnement a changé, même moi j’ai changé : je suis moins renfrogné, moins en train de ressasser le passé.

Je pense moins à toi, entre autres.

 
Je me dis que ton retour dans mon inconscient, aussi régulièrement, c’est certainement un message. Peut-être qu’il ne faut pas que je t’oublie. Peur-être qu’il faut qu’on se voie. Peut-être que c’est ma plus grande envie, de pouvoir parler une fois de plus avec toi.

Honnêtement, je ne sais pas.

 
Ça me perturbe un peu, de te voir apparaître encore. Je pensais être à l’abri désormais, pouvoir avancer. Être libéré, d’une certaine façon.

La réalité c’est que tu continues à t’inviter dans mes rêves, comme si de rien n’était. Sans signe avant-coureur. Sans prévenir.

 
Je me demande un peu si c’est pareil, pour toi. Si parfois j’apparais dans tes nuits pour te dire que j’existe encore, que je suis là, et que tu devrais plus souvent penser à moi.

J’ai comme un doute mais après tout, si ça m’arrive à moi, pourquoi pas à toi ?

 
Ce qui est drôle dans mon rêve de cette nuit, c’est qu’on y commençait quelque chose et qu’on ne le finissait pas. Sur le moment je n’ai rien remarqué ; a posteriori je me dis que c’était un magnifique moyen de me raconter notre histoire sans y toucher. On n’a pas réellement terminé, nous non plus.

C’est bien pour ça que c’est si compliqué.

 

294 – La chaise

J’ai vécu un truc un peu mystique, aujourd’hui. Ça va sûrement paraître absurde, mais je vais quand même le raconter.

C’était trop fort pour passer à côté.

 
Je traversais un parc, pour rentrer chez moi. Je venais de finir de déjeuner avec une amie et j’avais du temps devant moi, alors j’avais décidé de m’octroyer ce petit plaisir et d’arpenter un petit peu cet endroit si familier dans lequel je ne m’étais pourtant pas rendu depuis longtemps. Je me baladais sur des chemins cent fois parcourus, observant des lieux mille fois vus. Il y a toujours les mêmes types de personnes dans ce jardin : les couples qui peinent à avancer côte-à-côte sur les sentiers étroits, les bandes d’ados qui zonent sur les bancs, les familles qui occupent les terrasses de la buvette, et les personnes âgées qui regardent tout ce spectacle d’un œil mi-amusé, mi-blasé.

J’étais justement dans leur coin d’observation favori quand, soudain, j’ai ressenti une espèce d’appel.

 
Je me suis figé sur place, d’un coup. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait ; c’était comme si une force me poussait à diriger mon regard vers un point précis, un point sur lequel je refusais de me fixer : après tout, c’est ridicule de ressentir des choses pareilles, ça n’a aucun sens, c’est n’importe quoi. J’ai lutté quelques instants et puis la sensation s’est propagée à tout mon corps, quittant mes yeux pour se rendre jusque dans mes jambes ; j’avais désormais besoin de me diriger vers cet endroit, qui m’urgeait de le rejoindre.

L’appel devenait tellement fort, tellement prenant, que j’ai cédé. De toute façon j’étais en plein milieu d’un parc, il ne pouvait pas m’arriver grand chose.

 
Je me suis mis en route, sans parvenir à identifier immédiatement ma destination. Après avoir parcouru 200 mètres je me suis retrouvé à côté d’un coin où, souvent, des gens pic-niquaient. Quelques bancs et plusieurs chaises étaient disposés ça et là ; en les balayant du regard, j’ai compris que c’était l’une d’elles qui m’appelait de la sorte.

C’était une chaise, comme les centaines d’autres disséminées dans le jardin, qui m’avait fait venir jusqu’ici.

 
Je me suis approché, doucement. Un peu honteux, conscient d’être en train d’agir d’une façon qui devait paraître ridicule vue de l’extérieur, j’ai posé ma main sur le dossier de la chaise en métal. En plein hiver il était censé être froid, glacé même, et pourtant c’est de la chaleur qui s’est imposée dans ma paume.

Une chaleur douce, reposante, apaisante.

 
Je suis resté quelques minutes comme ça, la main sur la chaise. J’ai fini par vouloir partir ; j’en avais assez de passer pour illuminé, debout, seul au milieu de bancs et de chaises, en tenant une par le dossier. J’ai voulu partir, je me suis éloigné de seulement quelques pas, et je suis revenu.

Je n’avais pas fini.

 
L’appel tonnait, de plus en plus fort, de plus en plus puissant. Je n’ai même pas essayé de résister : je me suis assis sur la chaise. Je me suis posé sur cette chaise qui m’avait convoqué comme je m’étais posé sur des milliers d’autres auparavant, comme n’importe quelle personne le ferait.

Je me suis assis, bêtement assis, et pourtant c’était différent.

 
La chaleur qui s’était emparée de ma main un peu plus tôt envahissait désormais tout mon corps, rayonnant depuis ma poitrine. C’était une sensation unique, telle que je n’en avais jamais connu ; une sensation qui rassurait, tranquillisait, rassurait.

C’était comme un câlin de l’Univers, qui serait venu me prendre dans ses bras pour me dire que tout irait bien.

 
Je suis resté près d’une heure, assis sur cette chaise, les yeux souvent fermés. Son énergie se déversait en moi et me calmait tout en me renforçant ; j’avais l’impression de me recentrer sur moi-même, de me redécouvrir, de m’ancrer à nouveau dans le présent.

J’étais bien.

 
J’étais si bien, sur ma chaise.

293 – Parasites

J’en peux plus des gens mal dans leur peau qui le font payer à ceux qui sont encore plus faibles qu’eux.

Ils me débectent.

 
Ces gens ne connaissent pas l’empathie. Ils savent ce que c’est de ne pas se sentir à l’aise, ce que c’est de ne pas s’accepter, de ne pas pouvoir se regarder sans souffrir, de ne pas supporter le jugement – réel ou potentiel – de l’entourage. Ils le savent car ils ressentent exactement tout cela, parfois depuis des années. Ils sont parmi les mieux placés pour en parler.

Pourtant, quand ils croisent quelqu’un dans la même situation, ils ne font qu’appuyer là où ça fait le plus mal plutôt que de s’essayer à accompagner et soulager l’autre. Ils préfèrent le cercle vicieux au cercle vertueux.

 
Ainsi, pour avoir l’illusion d’être plus forts qu’ils ne le sont, ils se défoulent sur les plus vulnérables. Ils les reconnaissent vite : ce sont ceux qui ont les mêmes insécurités, les mêmes peurs, mais un peu plus de mal à le cacher.

Leurs victimes leur sont identiques, elles sont juste plus simples à blesser.

 
C’est facile, de s’attaquer à quelqu’un en connaissant ses faiblesses. En sachant cogner là où ce sera le plus douloureux, avec une précision chirurgicale. C’est facile et ça permet de se sentir surpuissant, parce qu’on terrasse l’autre avec une aisance déconcertante. C’est pour ça qu’ils en arrivent à ce degré de méchanceté : pour se prouver qu’ils ne sont pas en bas de la chaîne alimentaire, qu’il y a moins bien loti qu’eux, pire qu’eux.

Qu’ils peuvent, eux aussi, avoir du pouvoir.

 
Ces gens-là me donnent envie de vomir. J’ai envie de le détruire comme ils détruisent les autres ; j’aimerais les attraper par le cou et leur mettre le nez dans leur propre merde, qu’ils réalisent à quel point ils font du mal à des gens qu’ils pourraient aider s’ils n’étaient pas à ce point effrayés par leur propre faiblesse.

S’ils arrêtaient d’avoir peur et réalisaient qu’en décidant de favoriser plutôt l’entraide, tout irait beaucoup mieux.

Y compris pour eux.

 

292 – Rien n’est inaccessible

 
 
Tu peux le faire.

Allez.

Tu peux le faire.

 
C’est pas grand chose en réalité. Je sais qu’aujourd’hui ça semble insurmontable ; je sais qu’à cet instant précis t’es persuadé·e que tu ne peux pas y arriver, que tu ne pourras jamais y arriver, que tu n’es pas fait·e pour ça, que c’est au-delà de tes capacités.

Inaccessible.

 
Je vais te dire un truc, moi. Un truc tellement bateau que tu vas te foutre de moi, que tu vas pas y croire, que tu vas penser que ce sont des conneries, des phrases toutes faites bonnes pour celles et ceux qui veulent s’aveugler plutôt que de voir la réalité en face. Tu vas me dire que ça suffit pas, que t’as besoin de plus que ça pour avancer, qu’on te les a déjà racontées, toutes ces absurdités, et que ça n’a jamais marché. Je sais que tu vas m’objecter tout ça, mais je vais te le dire quand même.

Rien n’est inaccessible.

Rien, t’entends ?

 
Tu vois, t’esquisses déjà un sourire. T’esquisses un sourire parce que c’est tellement simple que ça peut pas être vrai, tellement simple que tu vas croire que je me moque de toi et que je te fais perdre ton temps. Pourtant, et c’est probablement ça que je vais te dire de plus important, cette phrase, bateau et presque simpliste, cette phrase, c’est celle qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Cette personne que tu admires et vers laquelle tu te tournes dans des moments comme ceux-là ; cette personne que tu crois infaillible et à laquelle tu aimerais ressembler, elle n’est née que grâce à cette bête phrase.

« Rien n’est inaccessible. »

 
Attention, toutefois. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Rien n’est inaccessible c’est vrai, mais ça ne veut pas dire que tout l’est. Y a toujours des choix à faire, des choses à privilégier, et des décisions à prendre.

Dans ce bas monde, on ne peut pas tout avoir.

 
Aujourd’hui ce que tu as, je ne sais pas exactement ce que c’est. Ce que je sais c’est que tu passes tes journées à te lamenter, à t’imaginer un ailleurs meilleur, à rêver d’autre chose.

Arrête de rêver.

Arrête de rêver et agis. Agis même si ça doit te prendre cent ans pour lever le petit doigt pour la première fois, même si c’est le truc le plus dur que tu aies jamais eu à faire. Ce sera pas simple, ça l’est pour personne et toi t’as pas eu de chance, parce que de toute évidence pour toi c’est plus dur que pour les autres – mais ce n’est pas grave.

Ce n’est pas grave, d’accord ?

 
Tu peux le faire. Tu peux quand même le faire. Tu peux le faire malgré les barrières que tu t’imposes, malgré celles que les autres t’imposent, malgré ton cerveau en vrac et tes problèmes qu’ils n’ont pas.

Tu peux le faire, je le sais parce que je te vois le désirer si fort. Je te vois en avoir tellement besoin. Tu peux le faire parce que c’est ce qui est bien pour toi.

 
En ce moment tu te hais de ne pas essayer mais tu n’essaies pas, car tu as peur de te détester si tu échoues. C’est ça que les autres ne comprennent pas ou qu’ils ne veulent pas voir, c’est ça qu’ils n’ont jamais connu et qui fait que tu te sens si différent·e d’eux. T’as l’impression que du coup pour eux c’est facile, qu’il leur suffit de vouloir pour agir, qu’ils n’ont pas à se battre contre eux-mêmes pour réaliser la moindre action – contrairement à toi. C’est peut-être le cas, peut-être pas, mais il ne sert à rien de s’enfoncer dans cette comparaison.

Ne leur en veux pas s’ils réussissent, ne leur en veux pas s’ils y arrivent ; inspire-toi, plutôt. Inspire-toi, regarde comment ils ont fait, approprie-le toi, et imite au besoin.

 
Il n’y a aucun mal à demander de l’aide, d’ailleurs c’est ce que tu as fait en venant me voir – et ça t’a coûté, je le sais. Tu as certainement mis des jours avant de décider de m’appeler, pensé mille fois à annuler notre rendez-vous, et espéré tout autant que j’aie un empêchement. Et tu sais quoi ? J’en ai eu un. J’en ai eu un mais c’est lui que j’ai repoussé, parce qu’il était hors de question que je t’abandonne.

Je ne veux pas t’abandonner, pour te montrer qu’il ne faut pas que tu t’abandonnes toi-même.

 
Je sais que tout ce discours, tu vas potentiellement le rejeter en premier lieu. Tu vas y chercher des failles, des points majeurs qui ne s’appliquent pas à ton cas, trouver des exemples de ta vie qui montrent que tu es une exception, que tout cela ne peut pas te concerner. Tu vas te dire que c’est naïf de croire à tout ça, que j’ai tort de te raconter ces conneries plutôt que de t’aider concrètement. Je vais t’aider concrètement, ne t’inquiète pas, mais il fallait que je te dise tout cela avant. Il fallait que je te le dise car un jour tu y repenseras, un jour tu abandonneras ta carapace de cynisme et tu réaliseras que j’avais raison. Tu réaliseras que mes phrases t’ont marqué·e plus profondément que tu ne le croyais, qu’elles s’étaient imprimées en toi car elles entraient en résonance avec une part de toi que tu ne soupçonnais même pas. Tu réaliseras que non, je ne t’avais pas menti.

Tu peux le faire.

 
Tu peux le faire, car rien n’est inaccessible.

 

291 – Effrayant

J’aimerais beaucoup qu’un jour quelqu’un se dévoue pour m’expliquer par quel mécanisme absurde j’inspire la peur. La peur. Sérieusement.

Moi.

 
J’ai dû mal à appréhender le fait d’effrayer. Je sais que je peux être acide, presque cassant parfois, mais pas au point de ressembler à une bête sanguinaire. Je ne suis jamais violent ; j’essaie toujours d’éviter coups et conflits, quels qu’ils soient.

Non, vraiment, je ne comprends pas dans quel cadre ma personne peut faire peur.

 
On me l’a dit plusieurs fois en plus, et dans des contextes très divers. Chaque mention de l’effroi que je peux apparemment provoquer me laisse un peu plus incrédule – je suis toujours perplexe lorsqu’une personne me dit qu’avant de me rencontrer elle avait peur, qu’avant de discuter avec moi elle avait peur, qu’avant de partager un moment avec moi elle avait peur. Parce que oui, c’est souvent « avant » qu’existe la peur – quand je ne suis qu’un inconnu, une ombre parmi d’autres mais pas comme les autres.

Plus massive. Plus effrayante. Allez savoir pourquoi.

 
Récemment, j’ai eu quelques cas de personnes me racontant des peurs survenues a posteriori. J’ai reçu des mots violents par texto, ces mots affreux : « Tu m’as fait peur ». « Tu m’as fait peur », de la part de gens que, et j’en suis absolument sûr, je n’ai pas menacés – ni physiquement ni verbalement.

« Tu m’as fait peur » sans explication, comme si c’était une chose banale qui n’avait pas besoin d’être racontée, décortiquée, exorcisée. Comme si c’était complètement évident que l’on ressente ça en ma présence. Comme si c’était normal que l’on me voie comme menaçant.

 
Alors oui, j’aimerais qu’un jour l’on m’explique. Qu’on n’hésite pas à me dire en quoi j’effraie, comment j’effraie. Je souhaite vraiment savoir pourquoi, comprendre ce qui pousse les gens vers ce sentiment-là. Expliquez-moi.

C’est promis : je ne vous mordrai pas.