310 – L’accident

J’imagine que c’est arrivé en une fraction de seconde. J’imagine que tu n’as presque rien vu venir.

J’imagine comme tu as dû paniquer, quand tu as compris que ce camion allait te percuter.

 
Je ne pense qu’à ça depuis que j’ai appris qu’aujourd’hui tu avais été renversée, depuis que je sais que tu as passé plusieurs heures dans le coma, que désormais tu en es sortie mais qu’ils te gardent en soins intensifs. On ne m’a pas dit pourquoi ; on ne m’a pas dit à quel point tu avais été touchée, à quel point c’était sérieux.

Je ne sais pas dans quel état tu es et j’évite de l’imaginer mais mon cerveau a besoin d’y réfléchir, alors il recrée l’accident. En boucle.

 
Ton insouciance, d’abord. Une insouciance alerte – tu étais à vélo tout de même, et tu n’es pas une tête brûlée. Tu faisais attention, c’est évident. Tu faisais attention.

Ça me rassure, en fait. De me dire que tu n’y es vraiment pour rien.

 
Ta peur, ensuite. L’adrénaline injectée dans tes veines lorsque tu as réalisé qu’à ce croisement un camion déboulait, faisant fi des règles les plus élémentaires du code de la route. Ta peur lorsque tu t’es dit, en un centième de seconde, que tu ne pourrais pas l’éviter. Ta peur des blessures, ta peur des conséquences, ta peur de la mort.

Tu as eu peur et tu n’as rien pu faire, tout comme j’ai peur aujourd’hui, tout comme je ne peux rien faire pour que tu ailles mieux. Je suis aussi impuissant face à ton hospitalisation que toi face à ce foutu camion.

 
Le bruit, enfin. Le bruit de ton vélo qui plie, de tes os qui cèdent, du conducteur qui freine trop tard. Le bruit fracassant, monstrueux, effrayant. Le bruit de ton cri qui transperce l’air avant que tu ne heurtes le sol.

Le bruit et le silence, quand tu as glissé dans le coma, perdue au milieu d’une marre de sang et de débris métalliques. Le silence au bout du fil, quand on m’a appris ce qui s’était passé.

 
Tu as failli mourir, aujourd’hui. Je l’écris comme ça même si je ne connais pas la sévérité de ton état, parce que ça signifie que je ne te perdrai pas. Tu as failli mourir, aujourd’hui. Tu as failli mourir. Mais tu vas t’en sortir.

Tu vas t’en sortir. D’accord ?

 

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Une réflexion sur “310 – L’accident

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