432 – A(u) fond

Avant j’étais à fond, maintenant je suis au fond. Ce n’est qu’un « u » en trop et c’est bien le seul ; dans ma vie y a rien en trop, y a que des trucs qui manquent, que des trucs en moins. Y a que des gens qui partent, des gens qui ne sont pas là, des réussites qui s’échappent en emportant ma volonté, et puis l’amour qui n’est plus là aussi, l’amour que je ne ressens plus et qui ne se réincarne pas.

Comment on guérit du vide, hein ?

 
Le vide. C’est pas un bon nom ça, le vide. En réalité c’est une sorte d’énorme tempête, mille choses qui tournent et s’emmêlent jusqu’à ce qu’elles ne ressemblent plus à rien, jusqu’à donner l’illusion du vide alors qu’il n’y a que des nœuds. Le boulot, Elle, C., M., les amis que je ne vois pas, les amis qui n’en sont pas, R., les blessures que je provoque, celles que je subis, les erreurs qui s’enchaînent et le répit qui ne vient pas. Il n’y a pas de répit. Il n’y en a plus.

Y a que le chaos, mon gars.

 
Alors fav, si toi aussi tu tournes en rond. RT si tu veux qu’on vienne t’en sortir. Chante pour expulser, crie pour exploser, pleure pour en finir. Plains-toi, tais-toi, prie, fais semblant, ronge-toi les ongles jusqu’au sang et saigne-toi jusqu’à en crever. Détruis pour ressentir, détruis pour qu’il se passe enfin quelque chose et tant pis si on te cogne en retour, de toute façon ça peut pas être pire et tu le sais très bien, y a qu’eux qui le voient pas.

Personne ne te frappera plus fort que tu ne le fais déjà.

 

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431 – Errances

Perdu dans un appartement trop grand qui était le mien mais ne l’est plus vraiment, seul, en plein milieu de la nuit, j’erre de pièce en pièce en imaginant ainsi parvenir à réfléchir. En espérant trouver des solutions, comme je l’ai toujours fait. En me disant que je vais enfin réussir à penser.

En réalité, évidemment, plus je marche plus je m’égare.

 
Mon regard se pose sur tous les objets alentours. Les tables. Les canapés. Les chaises, les fauteuils, les lampes, les buffets, les livres, les tableaux, tout y passe et je réalise que rien n’est à moi. Tout ce qui était mien, tout ce qui a toujours été mien, tout cela ce soir ne m’appartient plus. Je comprends que ça n’a jamais été le cas ; j’ai toujours simplement été de passage ici, un locataire longue durée qui n’avait pour vocation que de s’en aller.

Je suis là alors que je ne devrais pas, que je ne devrais plus ; les pièces pleines me paraissent vides et je suis vide, moi aussi.

 
Sur mon ordinateur traînent les restes d’une recherche que je pense moi-même aberrante. Incapable de trouver un bar pour un rendez-vous prévu pour le lendemain je m’en suis remis à Internet comme on consulte un oracle, comme on se fie à une prédiction quand on ne sait plus où on va. Je m’en veux d’en être arrivé là.

Je m’en veux de ne pas savoir où on peut aller boire un verre, dans mon propre quartier.

 
Perdu dans mes onglets, je redécouvre d’anciens amis, et ce qu’ils ont fait de leur vie. Ils n’étaient pas les plus brillants. Ils n’étaient pas les plus aimés. Pourtant ils ont étudié à Oxford, à Harvard ; ils apprennent la géopolitique, les flux migratoires, la géothermie, ils sont élèves aux Beaux-Arts, à l’école des Mines, ils sont ingénieurs, futurs médecins ou architectes. Ils sont partis vivre à l’étranger, ils ont vécu, voyagé, travaillé.

Quand la nuit arrive je parie qu’ils ne se sentent pas vides, eux. Je parie qu’ils ne m’envient pas. On n’envie pas les imposteurs. On n’envie pas les ratés.

 
En me décollant de l’écran pour ne pas sombrer dedans j’aperçois mon reflet dans un vieux miroir posé sur une cheminée. Je m’approche et je me regarde dans les yeux, droit dans les yeux, droit dans l’âme. Bien au fond.

Il n’y a rien à voir, mais il y a de la peur. Beaucoup de peur, rien que de la peur, la peur qui recouvre tout le reste, la peur qui envahit et détruit. La peur et puis c’est tout.

 
Je suis si las d’être vide et apeuré. Si las.

Si
Las

 
Je ne sais pas si je trouverai la solution, cette fois.

 

430 – Promesse

J’aimerais bien que tu tiennes ta promesse, pour une fois. Une fois de plus.

J’aimerais que tu sois là.

 
Tu avais dit que tu serais toujours là pour moi. Tu avais dit que si ça n’allait pas, vraiment pas, je pouvais toujours me tourner vers toi. N’importe quand. Dès que c’était vraiment nécessaire. Dès que je perdais pied.

J’ai repoussé ce moment autant que possible, mais là ça fait trop longtemps que je coule au lieu de nager, et il n’y a pas le moindre rivage à l’horizon. Pas même une petite bouée.

 
Je suis en train de me noyer.

 
J’ai besoin de toi, tu sais. D’autres gens sont présents bien sûr, d’autres s’inquiètent pour moi mais aucun ne sait faire ce que tu sais faire. Aucun ne le peut. Aucun n’arrive à attraper mon âme pour l’extirper de la mélasse noire dans laquelle elle s’est plongée – il n’y a que toi, que ta présence pour la faire ressortir.

Viens me voir, s’il te plait. Aide-moi, comme tu avais juré de le faire.

 
Depuis quelques jours j’hésite – j’hésite à t’écrire, à t’appeler, à m’en remettre à toi. La dernière fois tu m’avais rejeté violemment, et j’avais été incapable de répondre à ta question : pourquoi, cette fois-ci, voulais-je te voir ? Qu’est-ce qui me poussait à revenir ? Pourquoi faisais-je appel à toi ?

Aujourd’hui je connais la réponse. Aujourd’hui je sais que j’ai besoin de te voir parce que ça va mal, et que ta simple présence me permet d’aller mieux. Je sais que toi seule sait m’aider.

 
Tu vas bien venir m’aider, hein ? Tu as promis.

Tu as promis…

 

429 – Changer d’ère

La fin a-t-elle vraiment besoin d’une introduction ? Aujourd’hui, pour la 429e fois, je me pose pour écrire. Même si c’est mon anniversaire je prends du temps pour avoir quelque chose à publier sur ce blog, quelque chose à vous raconter, quelque chose à vous dire. Pour la 429e fois je dois sortir des centaines de mots de mon cerveau et les extraire pour vous les servir sur un plateau. Pour la 429e fois.

Et, pour la première fois, il s’agit de vous dire adieu. Ou au revoir, plutôt.

 
Oui, j’arrête #hewhoshallwrite. J’arrête le projet, plus exactement ; écrire et publier tous les jours, j’ai l’impression d’en avoir fait le tour pour l’instant. Je continuerai probablement à poster ici de temps à autres, une fois par semaine par exemple, ou quand j’en ressentirai un fort besoin. En parallèle je n’arrêterai pas d’écrire : le but de ce blog était de me relancer, de me remettre sur les rails et je ne compte pas perdre cela. Je veux simplement m’attaquer à quelque chose de plus grand, un projet sur plusieurs mois qui ne serait pas fait de centaines de textes éclatés. Vous en entendrez sûrement parler. J’espère.

Par ailleurs la non nécessité de publier me laissera un peu de temps pour replonger dans les podcasts, que j’ai franchement délaissés ces dernières semaines. Cette aventure-là n’est pas terminée.

 
Je n’avais remercié personne lors des différents anniversaires de #hewhoshallwrite, attendant patiemment sa fin. Aujourd’hui je vais dire mes mercis, car il y a bien des gens sans qui tout cela n’aurait pas existé.

Merci à Elle, tout d’abord. Merci de m’avoir poussé à me lancer, merci de m’avoir suivi au début, merci d’avoir été ce que tu as été. Je suis triste que tu ne le sois plus – on l’aura bien compris.

Merci à Noémie ; tu es probablement une des rares à avoir absolument tout lu, tout dévoré ici et c’est parfois ton attente infinie de mes posts qui m’a poussé à ne pas abandonner. Merci.

Merci à RouletteRousse, partenaire de mes crimes d’écriture, sœur de plume. Merci à Matthias, qui m’avait prouvé il y a bien longtemps qu’écrire une fois par jour était un rythme qui pouvait être tenu. Merci à Lola ; gagner ton approbation alors que ton jugement est redoutable fut une grande joie pour moi. Merci à encoreuneconnasseparisienne : tu m’as fait découvrir la rage à nouveau, C.

Merci à Louisa, à Laurène, à Julie. À M., et même à V. Merci à Xavier qui n’a jamais supporté de me lire, à Camille et Lucie qui ont aidé à m’ouvrir les yeux, à Maëva, à Mistema, à ActarusLePrince, à Cluclu, à tous ceux qui ont lu, à tous ceux qui n’ont pas lu, à ceux qui ont aimé et à ceux qui n’ont pas aimé. Merci de vous être abonnés, d’avoir liké, favé, RT, partagé, commenté, discuté.

J’écrivais plus pour moi que je n’écrivais pour vous, mais c’est bien vous qui avez rendu cette aventure aussi merveilleuse.

 
Mille mercis,

Saeptem, also known as #hewhoshallwrite.

 

428 – Le repos

Les erreurs s’accumulent et m’ensevelissent, comme une avalanche impossible à endiguer dont rien ne me protégerait.

J’ai besoin de repos.

 
Il y a quelques années, je ne croyais pas aux vertus du repos – le vrai repos, celui qu’on prend loin de tout, loin des ennuis qui rendent le monde gris même quand il fait beau. C’était une sorte de mythe ; pour moi il suffisait simplement de se réfugier chez soi, de s’écarter de ses soucis pour quelques heures et de profiter de son lit : on revenait comme neuf, prêt à faire face à la vie encore une fois.

J’avais tort, et parfois l’existence est tellement dure qu’il faut des jours, des semaines dans certains cas, pour que le repos produise ses effets.

 
Certains ont besoin de calme et de sérénité. D’autres se jettent plutôt sur les fêtes et les soirées. Le repos est propre à chacun, il n’y a pas de règles et c’est probablement ce qu’il y a de plus dur à appréhender. Impossible d’imposer son repos à quelqu’un ; il doit le choisir lui-même et, paradoxalement, faire l’effort de se l’accorder.

Ce n’est pas toujours facile, beaucoup se refusent ce moment pourtant nécessaire, et il faut parfois se forcer un peu pour accepter qu’on a bien besoin de souffler.

 
Mon repos à moi arrive bientôt – et il tombe à pic. Une semaine pour me ressourcer, pour échapper aux erreurs, pour me recentrer. Une poignée de jours qui sera trop courte mais qui me soulagera pour un temps, et me permettra d’échapper aux tracas suffisamment longtemps pour revenir les affronter par la suite.

De quoi, a priori, survivre à l’avalanche.

 

427 – J-2

J’arrive pas à écrire, aujourd’hui. J’arrive pas et je crois que, pour une fois, je sais pourquoi.

La fin approche, et ça me terrifie.

 
Évidemment je l’ai choisie, cette fin. Je l’ai choisie moi-même. J’ai décidé de la date d’arrêt du projet #hewhoshallwrite, et plus elle est proche plus j’ai l’impression qu’il s’agit plus d’une mort que d’un simple exercice auquel je cesserais de me soumettre.

Plus de quatre cent jours que j’écris toutes les vingt-quatre heures. Plus de quatre cent jours d’aventure, qui bientôt prendront fin.

 
J’ai jamais aimé les fins. Les séparations, les gens qui arrêtent de se voir, les moments qui s’étiolent et s’évanouissent. Je sais que c’est souvent nécessaire, d’ailleurs dans ce cas ça l’est, mais j’ai toujours du mal à m’y faire. C’est toujours quand arrivent les derniers instants que j’aimerais les faire durer encore un peu, que je regrette de ne pas avoir profité assez, que je réalise combien je me suis habitué à une réalité, et qu’il va m’être compliqué d’en changer.

Passer d’un paradigme à un autre n’est jamais chose aisée.

 
Là, ce n’est pas quelqu’un que je vais quitter. Ce n’est pas un groupe de personnes non plus ; c’est un projet d’écriture, une habitude quotidienne avec laquelle j’ai avancé pendant plus d’un an – avec laquelle j’ai grandi et évolué. Je vais y mettre un terme bientôt, et je ne peux plus penser qu’à cet arrêt, qu’à cette fin qui arrive et que je ne peux pas empêcher. Que je ne peux plus empêcher.

J’ai choisi. #Hewhoshallwrite, c’est fini.

 

426 – Le gobelet

Parfois j’aimerais être plus comme ce petit gobelet, à la machine à café. Comme moi il est tombé là un peu par hasard, sans avoir rien demandé. Quelqu’un a appuyé sur un bouton et il s’est retrouvé ici, dans l’inconnu, dans l’inattendu. On l’a posé là, et puis voilà.

Seulement lui, au moins, on le remplit.

 
On le remplit, oui. On le remplit et puis on le porte, on l’emporte, on le prend avec soi, on le fait vivre, voyager. Moi on m’a posé et puis on m’a laissé ; on ne me fait pas bouger, on ne me remplit pas et c’est même pire : on me vide, on me vide complètement alors qu’il n’y a déjà presque rien à l’intérieur, que c’est l’inverse qu’il faudra faire, qu’à force je me compresse sur moi-même jusqu’à en perdre ma forme originelle.

On me vide jusqu’à ce que je sois si plié que je deviens incapable de me remplir à nouveau.

 
Personne ne m’a pris par la main. Je suis bien resté à ma place pourtant ; on m’avait convoqué, invoqué presque, mais en vain. Tout ce que ça aurait dû déclencher n’a pas eu lieu : on s’est servi de moi, oui, mais pas comme le prévoyaient les règles. Pas dans les termes qu’on m’avait énoncés.

Je suis venu pour m’élever et on m’a rabaissé.

 
Écrasé, aplati, déformé, je devrais abandonner. N’importe qui aurait abandonné. Moi je continue pourtant, et tant pis s’il me faut ramper, tant pis si on ne sait même plus ce que j’étais avant, tant pis si je dois faire mille fois plus d’efforts que le gobelet qu’on a gentiment transporté de la machine à café au coin du bureau. Je le rejoindrai aussi, ce bureau.

Je le rejoindrai et je m’y poserai, cabossé mais heureux d’avoir pu malgré tout y arriver.

 

425 – Quartier libéré

J’ai même pas eu envie de te croiser. Je suis passé en bas de chez toi ce soir, littéralement en bas de chez toi, j’aurais pu frapper, sonner, hurler, je suis passé en bas de chez toi et je n’ai même pas eu envie de te croiser.

Ça n’était jamais arrivé.

 
Bien sûr, j’ai cru te voir plusieurs fois. J’ai cru que tu étais dans mon wagon de métro puis dans celui d’à côté ; j’ai cru que tu étais dans les couloirs, dans les escaliers, sur la petite place non loin de chez toi, sur un banc, chez le primeur. Je t’ai vue partout et ça ne m’a rien fait : je ne te cherchais pas.

Je ne te cherche plus.

 
C’est très libérateur, tu sais. De ne plus faire de détour en priant pour tomber sur toi, de ne plus épier les gens au cas où tu te caches parmi eux, de ne plus espérer, espérer, espérer, espérer sans jamais rien voir venir. J’ai l’impression d’avoir à nouveau le droit de me balader librement, l’impression de me réapproprier un terrain qui t’appartenait, l’impression d’avoir récupéré une partie de la ville.

Une partie de ma vie.

 
J’ai marché dans ton quartier. J’ai marché dans ton quartier sans m’en soucier – et c’était presque comme marcher sur le sommet de l’Everest, comme marcher sur la lune. C’était inédit, renversant, grisant. J’étais là, et pour la première fois en des années j’étais vraiment simplement là, là et non dans un lieu imaginaire nommé « vers chez toi ». D’ailleurs je n’ai pas marché dans ton quartier, en réalité. J’ai marché dans un quartier.

Un quartier comme les autres.

 
Un quartier comme les autres, pour une fille comme les autres.

 

424 – La ceinture

« Le cuir claque sur ta peau. Une fois de plus, un long trait rouge vient naître le long de tes côtes, longeant ta cage thoracique depuis ton flanc jusqu’à ta colonne vertébrale bien visible.

Je me suis prise au jeu dès que tu as commencé à gémir sous mes coups.

 
Je n’osais pas trop, au début. J’avais peur de te faire mal avec cette ceinture ; j’avais peur de te blesser, de ne pas arriver à la contrôler, de ne pas te donner ce que tu voulais. J’avais peur mais tu m’as suppliée, j’ai cédé et tu t’es mise à genoux dos à moi – dos offert.

J’ai frappé et quand, dans un râle, tu en as réclamé encore plus, l’excitation a vaincu la peur.

 
J’ai commencé à voir ce que tu voulais que je voie. J’ai compris le plaisir dans tes cris de douleur étouffés ; je l’ai vu jaillir en même temps que tes larmes, se condenser avec la sueur illuminant tes reins, et gorger ton sexe jusqu’à le faire déborder. À chaque claquement tu t’abandonnais un peu plus à moi, et surtout un peu plus à lui.

Tu étais belle. Transfigurée.

 
Évidemment, dans cette situation, tu ne pouvais pas me toucher. Même moi je ne pouvais pas me toucher, et pourtant j’aimais cette position. J’étais électrifiée, comme lorsque tu posais ta bouche contre mon sexe. Comme lorsque tu enfonçais tes doigts en moi. Ton plaisir provoquait le mien, me poussant à fouetter encore une fois, fouetter encore plus fort, fouetter jusqu’à ce que ton corps n’en puisse plus et s’effondre dans un spasme ultime, ravagé par ta jouissance.

J’ai embrassé les lignes rougies qui zébraient ta peau, calmant quelque peu leur feu de mes baisers. La tête contre le sol, tu souriais doucement.

 
« Je t’aime », as-tu murmuré alors que j’enfouissais mon visage dans ton cou.

« Je t’aime ». »

 

423 – Belle façade

C’est une très belle maison. Un magnifique bâtiment dans lequel pourtant personne n’entre jamais, préférant rester à observer la façade.

S’ils savaient.

 
Elle est magnifique, cette façade. Très travaillée. Y a des circonvolutions, des dorures, des jolis bas-reliefs et d’impressionnantes colonnes. Quand on la voit la première fois on la remarque tout de suite ; on se dit parfois qu’on en a déjà vu des semblables, mais dès qu’on s’attarde un peu sur les détails on réalise qu’elle est vraiment unique. Du sur mesure, une œuvre qui n’a ce visage que parce qu’elle existe à cet endroit précis, et qu’elle a été dessinée par cet architecte et pas par un autre.

Cette façade appelle à la découverte, à la visite de l’intérieur, et pourtant personne n’ose pousser la porte. Persuadés que cette beauté s’étendra de toute façon au-delà de l’entrée, ils ne pensent même pas à vérifier.

 
Bien sûr, il est possible qu’ils aient raison. Que l’intérieur de la maison vaille son extérieur, qu’il le dépasse même, comme une gemme cachée à l’intérieur d’un coffre merveilleux. Peut-être est-ce pour cela qu’il est si difficile de pénétrer dans le bâtiment : une fois à l’intérieur on n’aurait plus jamais envie de ressortir, piégé pour toujours par la beauté des lieux. Peut-être.

Peut-être.

 
Elle est magnifique, cette maison. La façade est éblouissante mais personne n’a jamais vu le reste ; personne n’a jamais franchi le seuil pour découvrir ce qui se cachait derrière et savoir si l’intérieur valait l’extérieur. Personne ne sait. Personne.

Personne sauf moi.

 
Moi. Je l’ai construite, cette maison. Je l’habite. J’y vis tous les jours, et ce n’est qu’un taudis camouflé derrière une jolie devanture.

Je me demande si, un jour, ils le réaliseront.