431 – Errances

Perdu dans un appartement trop grand qui était le mien mais ne l’est plus vraiment, seul, en plein milieu de la nuit, j’erre de pièce en pièce en imaginant ainsi parvenir à réfléchir. En espérant trouver des solutions, comme je l’ai toujours fait. En me disant que je vais enfin réussir à penser.

En réalité, évidemment, plus je marche plus je m’égare.

 
Mon regard se pose sur tous les objets alentours. Les tables. Les canapés. Les chaises, les fauteuils, les lampes, les buffets, les livres, les tableaux, tout y passe et je réalise que rien n’est à moi. Tout ce qui était mien, tout ce qui a toujours été mien, tout cela ce soir ne m’appartient plus. Je comprends que ça n’a jamais été le cas ; j’ai toujours simplement été de passage ici, un locataire longue durée qui n’avait pour vocation que de s’en aller.

Je suis là alors que je ne devrais pas, que je ne devrais plus ; les pièces pleines me paraissent vides et je suis vide, moi aussi.

 
Sur mon ordinateur traînent les restes d’une recherche que je pense moi-même aberrante. Incapable de trouver un bar pour un rendez-vous prévu pour le lendemain je m’en suis remis à Internet comme on consulte un oracle, comme on se fie à une prédiction quand on ne sait plus où on va. Je m’en veux d’en être arrivé là.

Je m’en veux de ne pas savoir où on peut aller boire un verre, dans mon propre quartier.

 
Perdu dans mes onglets, je redécouvre d’anciens amis, et ce qu’ils ont fait de leur vie. Ils n’étaient pas les plus brillants. Ils n’étaient pas les plus aimés. Pourtant ils ont étudié à Oxford, à Harvard ; ils apprennent la géopolitique, les flux migratoires, la géothermie, ils sont élèves aux Beaux-Arts, à l’école des Mines, ils sont ingénieurs, futurs médecins ou architectes. Ils sont partis vivre à l’étranger, ils ont vécu, voyagé, travaillé.

Quand la nuit arrive je parie qu’ils ne se sentent pas vides, eux. Je parie qu’ils ne m’envient pas. On n’envie pas les imposteurs. On n’envie pas les ratés.

 
En me décollant de l’écran pour ne pas sombrer dedans j’aperçois mon reflet dans un vieux miroir posé sur une cheminée. Je m’approche et je me regarde dans les yeux, droit dans les yeux, droit dans l’âme. Bien au fond.

Il n’y a rien à voir, mais il y a de la peur. Beaucoup de peur, rien que de la peur, la peur qui recouvre tout le reste, la peur qui envahit et détruit. La peur et puis c’est tout.

 
Je suis si las d’être vide et apeuré. Si las.

Si
Las

 
Je ne sais pas si je trouverai la solution, cette fois.

 

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