#013 – It’s not a crush, it’s

Un jour j’ai voulu t’écrire ça, et je n’en ai pas eu l’occasion. Je te l’ai dit une fois je crois, mais plutôt mal et, surtout, pas assez. J’avais envie de le verbaliser mais le temps manquait et les mots se sont emmêlés. Nous avions d’autres choses à faire, d’autres moments à vivre dans la minuscule fenêtre temporelle qui nous restait.
Ici, j’ai la place. Ici, tu lis. Alors je prends le temps. Parce que j’ai besoin que tu saches, parce que j’ai peur que tu ne le vois pas vraiment (enfin, que tu refuses de le voir, car tu le vois forcément).

La différence entre un crush et toi.

 

Cette différence m’a frappé indirectement (auparavant je n’y pensais pas, car ça me semblait évident… et que tu n’avais pas exprimé de peurs à ce sujet).

Il y avait cette fille qui avait un gros crush sur moi, et elle t’en parlait d’ailleurs. Ça a duré quelques semaines et puis elle a croisé un autre garçon et paf, je n’existais plus. C’était fini, comme on guérit d’un mauvais rhume. Bien sûr, peut-être que si j’allais la chercher aujourd’hui elle ne dirait pas non. Elle ne m’a probablement pas oublié entièrement et, si je n’ai pas trop changé en quelques mois, il n’y a pas de raison pour que je ne lui plaise plus. Mais ça restera une attirance superficielle, légère.
Ce n’est pas une mauvaise chose en soi – bien au contraire même, ces crushes sont toujours très agréables à vivre, avec la part de découverte et d’instantanéité qui les anime. C’est simplement très différent de ce qu’il y a entre toi et moi. De ce qu’on a pu vivre et construire.

Je sais que, souvent, tu doutes. Tu doutes de ce que je ressens pour toi, parce que tu n’y crois pas. Tu doutes de ce que tu ressens pour moi, parce que c’est compliqué. Mais le fait est que ça ne fait pas des semaines que je te veux mais des mois. Le fait est que quand je dis « je te veux » ça sonne d’une façon particulière à tes oreilles, parce que tu entends la nuance que j’y mets ; parce que tu entends que c’est de toi entièrement dont je parle, que je te veux toute, pleinement – « corps et âme » comme les gens disent parfois bêtement, un sourire aux lèvres. Le fait est que, de ce que je perçois, c’est pareil pour toi.

La différence se situe peut-être là – dans la plénitude de ce que l’on ressent l’un pour l’autre. Elle se situe peut-être ailleurs, dans un truc un peu mystique, un peu mystérieux, un peu insondable. « Ailleurs », aussi loin du tangible que cela puisse être.

Bien sûr, c’est un peu prétentieux de dire tout ça. Vu de l’extérieur bien des histoires d’amour se ressemblent et puis même nous, on a toujours décidé de rester mesurés du côté des superlatifs, pour que nos sentiments ne soient pas dépassés par les mots employés pour les définir. Pour nous préserver, individuellement mais aussi en tant que tout. En tant que nous.

 

Il n’empêche. Moi je continuerai à croire que ce qu’on a est unique, je continuerai à penser qu’au fond tu le crois et le ressens toi aussi, mais que tu t’en préserves parce que c’est fort à vivre. Et que pour l’instant, tu n’es pas prête pour ça.

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#011 – Première fois

« Sa main contre ma hanche soulève lentement mon t-shirt. Timidement. Après tout, c’est la première fois qu’elle s’aventure ici, contre ma peau qui pourtant n’attendait que ça.

Ses doigts glissent le long de ma colonne vertébrale. Jusqu’à ma nuque, qu’ils empoignent fermement alors que nos lèvres s’unissent à nouveau.
Ça m’arrive rarement mais j’aime son goût. J’aimais déjà sa bouche charnue ; j’aime désormais sa langue audacieuse quand la mienne est craintive, sa langue qui vient me conquérir avec ardeur et douceur. J’en perds même la notion du temps.

D’ailleurs, mon t-shirt est tombé depuis longtemps. Nos t-shirts.

 

Je sens sa poitrine contre la mienne. Sa peau qui me réchauffe, cette intimité nouvelle pour nous deux. Enfin on ne se contente plus de quelques millimètres de contact épidermique ; enfin on peut se sentir pleinement l’un contre l’autre, se perdre contre l’autre. Se respirer, s’embrasser, se caresser. Entièrement. Sans barrières. Sans vêtements.

Mon pantalon disparaît, ses mains terminant de me dénuder. J’ai tôt fait de lui faire subir le même sort : je veux son corps. Contre le mien.
Je n’en peux plus d’attendre.

J’entends sa respiration qui s’accélère, son souffle qui vient mourir dans mon cou. Le désir semble jaillir de chaque pore de sa peau. Ses doigts partent frénétiquement à la découverte de mon corps : ils sont aussi pressés que moi.

J’ai envie.

 

Pour la première fois, il me voit nue.
Pour la première fois, nous faisons l’amour.
Lui et moi. »

#010 – La pluie

Nous avions profité d’une soirée entre amis, comme souvent. C’étaient de bons alibis, ces soirées : pas d’excuse à trouver pour toi, aucun besoin d’expliquer ma présence. Elles nous permettaient d’être ensemble et même de jouer un peu, de nous séduire l’un l’autre à nouveau. Mais discrètement, car personne ne devait savoir.

Surtout, ces soirées nous offraient du temps, en nous autorisant à grappiller avant ou après les festivités quelques instants à nous. Quelques instants pour nous. Rien qu’à deux.

Des moments pour se parler, se toucher, s’embrasser. Se perdre dans les yeux et les bras de l’autre. S’enlacer fort et fusionner presque, car c’est tout ce que nous pouvions nous accorder. Nos corps hurlaient qu’ils voulaient plus mais nous n’avions que ces câlins pour les nourrir, et temporairement apaiser leurs envies.

 

Il pleuvait, ce soir-là. Des torrents d’eau comme tu aimes ; une pluie franche, monumentale, cinématographique. Si violente que nos parapluies étaient inutiles ; nous étions trempés avant même d’avoir pu nous abriter sous l’un d’eux ou sous un porche.
Mouillés pour mouillés, nous nous sommes dirigés vers la borne de taxis la plus proche. Souriant bêtement à la Lune et à ces gouttes qui nous arrosaient tous les deux. Heureux simplement d’être là, hors du monde. Hors du temps.

Tu me tenais la main. Une chose assez rare dans la rue, car loin de la discrétion habituellement de mise – la nuit noire et la pluie drue t’avaient poussée vers cette transgression, en fournissant un camouflage décent. Nos doigts glissaient un peu en s’entremêlant mais ta prise était ferme ; à cet instant j’aurais tout donné pour que jamais ta paume ne quitte la mienne. Plus jamais.

Tu m’as embrassé. Je me souviens encore de tes lèvres au goût de pluie, de ton corps qui se presse contre le mien, de ma main sur ta nuque puis ta joue, à la peau rendue encore plus douce par l’eau qui s’y était déposée.

Tu as souri lorsque ta bouche s’est séparée de la mienne, comme si tu venais de vivre le moment le plus délicieux de ton existence.
Ton regard a croisé le mien : jamais je n’avais vu tes yeux scintiller autant, refléter une telle plénitude. À cet instant précis, j’ai pensé que tu devais vraiment être heureuse, toi aussi.

Puis tu t’es écartée de moi.
Comme pour prendre de l’élan avant de sauter.

Et, pour la première fois…
Tu m’as dit « Je t’aime. »

#006 – Trust

La confiance est un choix.

Avant, je pensais le contraire. Qu’elle était naturelle, innée. Qu’elle naissait un peu comme l’attirance : simplement parce que deux personnes ressentaient qu’elles pouvaient se faire confiance. D’ailleurs je continue d’une certaine façon à le penser, mais je sais désormais que ce n’est pas suffisant. La confiance s’amorce certainement naturellement, mais lui permettre de continuer à exister est un acte volontaire – qui mène à la complétion d’un cycle la rendant naturelle à nouveau. C’est cette deuxième phase – la décision de confiance – qui est la plus douloureuse. Et qui fait le plus mal lorsqu’elle se solde par un échec.

 

Avec Elle j’ai choisi d’avoir confiance. J’en suis là : au moment où si ça se trouve je me plante complètement, au moment où le crash sera le plus douloureux. J’en ai conscience mais ce n’est pas grave : j’ai confiance. Et si je finis par avoir mal tant pis ; la vie c’est aussi souffrir de temps en temps. Après tout, Elle ne me doit rien.

Bien sûr, c’est loin d’être simple. Car même si j’ai choisi d’avoir confiance, je ne peux m’empêcher d’avoir peur. J’ai encore et toujours mille peurs en tête – parce qu’on ne sait jamais, parce que c’est compliqué, parce que c’est spécial, que ça compte et que je ne sais pas où Elle en est. Et surtout, malheureusement, parce qu’on m’a appris à avoir peur.

Dans mes relations précédentes on m’a appris à ne pas avoir confiance, de façon tout à fait pernicieuse :  en n’ayant pas confiance en moi. Jamais. Et j’ai découvert bien malgré moi que, dans un fonctionnement similaire à celui de la violence, la jalousie entraîne la jalousie. D’ailleurs les deux sont très proches : se faire traiter de menteur, de cachottier ou d’infidèle, lorsque cela est faux, est d’une violence rare. Surtout lorsque la suspicion est permanente au point d’en être étouffante. Surtout lorsqu’elle est couplée à des menaces d’aller voir soi-même ailleurs, en « représailles ».

Comment construire de la confiance, alors que non seulement on est considéré comme n’en étant pas digne, mais qu’en plus on risque de subir ce dont on est soupçonné ? Comment ne pas finir par croire qu’effectivement on ne la mérite pas, quand cela nous est répété tous les jours ? Comment faire confiance, lorsque tout ce qu’on a vécu auparavant nous hurle de ne pas faire confiance ? Ou de n’accorder qu’une confiance légère, et de garder le plus important au loin – pour ne pas être atteint trop profondément, si jamais l’on est abusé une fois de plus ?

Comment, alors ?
En se rappelant d’une seul chose. De cinq mots.

La confiance est un choix.

#004 – Manque

Je pense à toi abrutie, tu vois pas que je pense à toi ? Tu vois pas que je pense tellement à toi que ça me fait mal, tu vois pas que j’ai besoin de toi moi, j’ai besoin de toi. Toi t’as pas envie d’avoir besoin des gens ça te fait peur ça, ça t’effraie de dépendre de quelqu’un, t’as jamais dépendu de personne. Et pourtant t’as besoin de moi, t’as besoin de moi et ça te tue car jamais tu pensais ressentir un truc pareil, un truc si fort, un truc vibrant. Un truc qui t’attrape les tripes et les arrache quand j’suis pas là, un truc qui te mange à l’intérieur et qui te fait te sentir complète que quand t’es avec moi.

T’aimes pas ça.
On peut aisément comprendre pourquoi. C’est vrai que c’est effrayant, d’avoir besoin de quelqu’un.

C’est effrayant, ouais. Mais c’est beau. Beau… si tu savais. Si seulement tu acceptais un peu de voir comme c’est beau. Comme quand tu m’embrasses alors qu’on devrait pas et que le temps s’arrête parce que même lui ne comprend pas comment c’est possible, un truc comme ça. Un truc puissant. Un truc géant.

 

Je suis désolé, tu sais.
J’suis désolé que t’aies besoin de moi.
J’suis désolé que tu ne puisses pas le supporter, pas encore, pas déjà.
J’suis désolé parce que c’est trop grand pour toi. Mais tu grandiras.

On grandira tous les deux.