432 – A(u) fond

Avant j’étais à fond, maintenant je suis au fond. Ce n’est qu’un « u » en trop et c’est bien le seul ; dans ma vie y a rien en trop, y a que des trucs qui manquent, que des trucs en moins. Y a que des gens qui partent, des gens qui ne sont pas là, des réussites qui s’échappent en emportant ma volonté, et puis l’amour qui n’est plus là aussi, l’amour que je ne ressens plus et qui ne se réincarne pas.

Comment on guérit du vide, hein ?

 
Le vide. C’est pas un bon nom ça, le vide. En réalité c’est une sorte d’énorme tempête, mille choses qui tournent et s’emmêlent jusqu’à ce qu’elles ne ressemblent plus à rien, jusqu’à donner l’illusion du vide alors qu’il n’y a que des nœuds. Le boulot, Elle, C., M., les amis que je ne vois pas, les amis qui n’en sont pas, R., les blessures que je provoque, celles que je subis, les erreurs qui s’enchaînent et le répit qui ne vient pas. Il n’y a pas de répit. Il n’y en a plus.

Y a que le chaos, mon gars.

 
Alors fav, si toi aussi tu tournes en rond. RT si tu veux qu’on vienne t’en sortir. Chante pour expulser, crie pour exploser, pleure pour en finir. Plains-toi, tais-toi, prie, fais semblant, ronge-toi les ongles jusqu’au sang et saigne-toi jusqu’à en crever. Détruis pour ressentir, détruis pour qu’il se passe enfin quelque chose et tant pis si on te cogne en retour, de toute façon ça peut pas être pire et tu le sais très bien, y a qu’eux qui le voient pas.

Personne ne te frappera plus fort que tu ne le fais déjà.

 

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#034 – Les cinq pardons

Le premier pardon était un peu inutile.
Il était là pour lancer la machine – mais aussi pour la ralentir, car tant qu’il n’avait pas été demandé, les autres devaient patienter. Alors il me permettait de faire traîner les choses, d’attendre jusqu’à ce qu’il soit presque trop tard. Une procrastination basée sur le principe des cinq pardons : avancer graduellement à travers eux, du plus simple au plus difficile. Du moins important au plus crucial.

Le deuxième pardon portait sur le mensonge.
J’imaginais le voir récolter un accueil froid et distancié ; j’eus droit à de la surprise et à de la sympathie. Demander pardon des années après les faits est forcément inattendu, mais c’est aussi apparemment apprécié malgré tout – même si c’est un peu vain. Après tant de temps les plaies sont devenues des cicatrices, et l’âme s’étonne de s’entendre rappeler ces souvenirs douloureux bien occultés par tout ce qui a pu se produire depuis.
Mais après tout si je demandais pardon c’était aussi pour moi, et tant pis si elle trouvait cela stérile. Tant mieux, même : c’était le signe qu’elle avait déjà effacé les traces que j’avais peur d’avoir laissées.

Le troisième pardon, lui, trouvait sa source dans l’incompréhension.
J’avais merdé quelque part, dépassé par des mots et des attentes. J’avais fait souffrir sans même m’en rendre compte, croyant établies des règles qui n’étaient connues que de l’une des deux parties : moi.
Comme la personne précédente, elle était passée à autre chose depuis longtemps – ce qui représentait sans aucune doute une bonne nouvelle – mais me remerciait tout de même de ma tardive attention. Plus que les précédentes, elle voyait clair dans ma démarche et devinait la valeur symbolique que revêtaient à mes yeux ces excuses si particulières.

Le quatrième pardon ne reçut pas de réponse.
Paradoxalement, il fût plus compliqué pour moi à demander que le cinquième. C’était le pardon des espoirs déçus et des amours brisées ; le pardon du connard que j’avais été, du jeune et immature qui avait fait du mal en faisant de mauvais choix.
Je voulais faire ça bien, et profiter d’une soirée où nous devions nous croiser pour présenter mes excuses. Malheureusement elle n’est jamais venue, et j’ai dû m’en tenir à un SMS tristement lancé comme une bouteille à la mer.
J’ai appris, bien plus tard, qu’elle l’avait bien reçu – mais ne souhaitait pas me parler, pour ne pas raviver sa blessure.

Le cinquième pardon entraîna plus de conséquences. Comme prévu.
Cet ultime pardon, c’était celui de l’abandon. Je l’avais laissée tomber, repoussée loin de ma vie pour de mauvaises raisons ; je lui avais interdit l’accès à ma personne, alors que je n’en avais même pas envie – bien au contraire. C’était un sacrifice que j’avais dû faire ; un sacrifice coûteux pour moi – je pouvais faire avec – mais surtout pour elle. Ça me bouffait de l’intérieur de lui avoir fait subir cela, elle qui n’avait rien fait d’autre qu’essayer de faire en sorte que j’aille mieux. Que j’aille bien.
Ce n’est que quelques mois après que j’aie fait amende honorable que nous nous sommes enfin revus – j’ai d’ailleurs déjà parlé de nos retrouvailles ici.
Ce cinquième pardon, c’était M.

 
La voie des cinq pardons ne fut pas une partie de plaisir. Mais j’en avais besoin, pour commencer à guérir vraiment. Pour accepter pleinement ce qui était arrivé, et enfin regarder mes erreurs dans les yeux.

Il me fallait suivre ce chemin pour me dire que je n’étais pas parfait… mais que je pouvais devenir meilleur. Et qu’il était temps de m’y atteler.

#016 – Bizarre

C’était… bizarre.

 

C’était bizarre de revoir M. après tout ce temps. C’était bizarre de revoir M. sans que cela soit un secret, sans avoir à s’en cacher, sans craindre que tout soit découvert et que les Enfers ne se déchaînent.

On s’est retrouvés dans un restaurant où l’on n’était jamais allés ensemble, mais qui comptait pour nous deux. Un restaurant que V. déteste, depuis que j’y ai défendue une serveuse plutôt qu’elle. Il n’y a certainement que moi qui aie perçu la symbolique du lieu, puisque j’étais le seul à avoir toutes les cartes en main, mais elle n’en était pas moins forte.

 

On ne savait pas trop quoi se dire au début, M. et moi. Même les banalités semblaient de trop ; quand on ne s’est presque pas parlé pendant plus de quatre ans, le moindre mot prend un poids immense, comme s’il tentait à lui seul de compenser tout le silence l’ayant précédé.
Mais on l’a surmontée, cette gêne. On l’a dépassée.

Évidemment, on a longtemps tourné autour du pot. On a parlé de nos familles, de nos projets professionnels, du temps, de la nourriture qui mettait beaucoup trop longtemps à arriver. On s’est souvent tus, absorbés par nos verres à moitié vides. Qui devenaient lentement à moitié pleins.

Le temps filait et on restait superficiels, par peur de réveiller des vieux démons. Pourtant il était clair que l’on se revoyait pour en discuter, pour remettre le passé sur la table et le disséquer un peu. Mais nous on était juste là, à dévorer nos clubs sandwiches en nous moquant des autres clients un peu étranges.
Et puis au détour d’un silence elle m’a posé une question, et on s’est mis à parler pour de vrai au lieu de ne faire que bavarder.

 

C’était bizarre de revoir M.
Mais c’était bien.