432 – A(u) fond

Avant j’étais à fond, maintenant je suis au fond. Ce n’est qu’un « u » en trop et c’est bien le seul ; dans ma vie y a rien en trop, y a que des trucs qui manquent, que des trucs en moins. Y a que des gens qui partent, des gens qui ne sont pas là, des réussites qui s’échappent en emportant ma volonté, et puis l’amour qui n’est plus là aussi, l’amour que je ne ressens plus et qui ne se réincarne pas.

Comment on guérit du vide, hein ?

 
Le vide. C’est pas un bon nom ça, le vide. En réalité c’est une sorte d’énorme tempête, mille choses qui tournent et s’emmêlent jusqu’à ce qu’elles ne ressemblent plus à rien, jusqu’à donner l’illusion du vide alors qu’il n’y a que des nœuds. Le boulot, Elle, C., M., les amis que je ne vois pas, les amis qui n’en sont pas, R., les blessures que je provoque, celles que je subis, les erreurs qui s’enchaînent et le répit qui ne vient pas. Il n’y a pas de répit. Il n’y en a plus.

Y a que le chaos, mon gars.

 
Alors fav, si toi aussi tu tournes en rond. RT si tu veux qu’on vienne t’en sortir. Chante pour expulser, crie pour exploser, pleure pour en finir. Plains-toi, tais-toi, prie, fais semblant, ronge-toi les ongles jusqu’au sang et saigne-toi jusqu’à en crever. Détruis pour ressentir, détruis pour qu’il se passe enfin quelque chose et tant pis si on te cogne en retour, de toute façon ça peut pas être pire et tu le sais très bien, y a qu’eux qui le voient pas.

Personne ne te frappera plus fort que tu ne le fais déjà.

 

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398 – FiniR.

C’est toujours triste une histoire qui finit.

Même lorsqu’elle n’avait pas vraiment commencé.

 
Ce matin au réveil j’ai réalisé qu’à nouveau, j’étais seul. Pendant la nuit nous avions décidé de te libérer, de te laisser partir parce que c’était mieux, parce que je n’étais pas exactement ce qu’il te fallait au moment où il te le fallait. « Nous » c’était bien ; c’était doux, c’était complice et c’était tendre, c’était animal souvent, c’était ce que l’on voulait et puis ça a cessé d’être suffisant. Il fallait plus que ce qui existait déjà, c’était dans le cours des choses mais moi je n’étais pas dans le cours des choses, j’étais ailleurs et je n’ai pas emprunté le même chemin que toi.

Nous avons fait le bon choix j’en suis certain, il valait mieux le faire hier que demain, et pourtant malgré tout je me sens mélancolique. Les histoires qui se terminent sont toujours tristes.

 
Je les ai aimés, ces moments passés avec toi. J’ai aimé dîner seul à tes côtés, j’ai aimé découvrir de nouveaux lieux, de nouveaux films, de nouvelles histoires. J’ai aimé rencontrer tes amis, goûter leur cuisine, partager leurs soirées, connaître leurs vies. J’ai aimé attendre ta venue et j’ai aimé te rendre impatiente, j’ai aimé tes agacements, j’ai aimé tendre ton corps et t’abandonner le mien ; j’ai aimé tes caresses, l’insolence de ta bouche et la courbes de tes fesses. J’ai aimé le respect entre nous, l’attention et les innombrables et interminables discussions. J’ai aimé.

J’ai aimé tout cela mais toi, toi je ne t’ai pas aimée – pas comme il le fallait, pas comme j’aurais aimé, pas comme tu aurais voulu. Pas comme on aime, quand on aime vraiment.

 
Je ne t’ai pas aimée.

Et c’est pour cela que cette histoire s’est terminée.

 

389 – R.ejoins-moi au sixième étage

Je sais, c’est haut. C’est loin. Il faut monter six étages, les escaliers sont raides et les marches suivent un absurde dénivelé. Il faut avoir envie, vraiment, de les affronter.

Je ferai en sorte que la récompense en vaille le coup, tu verras.

 
Viens, je te dis. Grimpe. Je sais que ça peut effrayer mais tu sais ce qui t’attends, là-haut ? Tu sais ce que tu vas obtenir une fois que tu auras poussé la porte de mon appartement, là-bas au sixième étage ? Tu sais pour quoi tu montes ?

Évidemment, que tu le sais. Tu le sais très bien. Il n’y a d’ailleurs que ça pour te motiver à me rejoindre dans ma tour.

 
Je sais que tu en as envie. Que tu ne penses qu’à ça, à chaque fois que tu te retrouves à une marche de moins de moi, à chaque fois que tu vaincs un étage. C’est ça et seulement ça qui te fait avancer.

Tu as envie de moi.

 
Je vais te baiser, R., quand tu vas arriver. Je vais te baiser comme t’aimes, te plaquer contre un mur, contre un miroir. Me mettre derrière toi et agripper tes cheveux ou ta gorge pour te cambrer un peu plus fort lorsque j’entrerai en toi. Je vais te murmurer les mots qu’on ne dit que dans ces moments-là, les hurler peut-être, te soumettre parce que c’est ce qui te fait décoller. Je vais te faire jouir, R., je vais te faire jouir et tu n’auras que ce que tu mérites.

Je vais te baiser car tu le mérites.

 
Mais… avant tout ça, avant mon sexe et le tien, avant ta bouche et ma bouche, tu auras droit à un verre d’eau. Un grand verre d’eau.

Je ne vais quand même pas me jeter sur toi alors que tu es déjà toute essoufflée, n’est-ce pas ?

 

387 – Tromperies

« T’as déconné mec. T’as grave déconné. Je sais même pas comment t’as pu déconner à ce point. »

 
C’est pas vraiment ma place, de dire ça. Ce type je dois le connaître depuis deux ou trois mois seulement, pas plus. J’ai passé quelques soirées avec lui, sa meuf, et d’autres amis. Une bande nouvelle, assez récente pour me faire une petite place, pas assez pour que je m’y sente si vite légitime.

 
« Non mais sérieux, comment t’as pu faire ça ? Je veux dire, je sais qu’il y a plein de mecs et de meufs qui trompent la personne avec qui ils sont, tant mieux pour eux, mais comment t’as pu lui faire à elle et de cette façon-là ? En parlant sans cesse de l’autre meuf comme si de rien n’était, pour désamorcer le truc ? En en riant, même ? Tu vises le record du monde de machiavélisme ou quoi ? »

 
C’est pas ma place mais tant pis, je lui dis. On s’entendait bien lui et moi, on s’entendait bien et j’ai l’impression d’avoir été trahi moi aussi. C’est absurde. Absurde, et bien réel.

 
« J’en parlais avec R. la dernière fois. Tu sais ce qu’elle m’a dit ? « On ne connaît jamais vraiment les gens », voilà ce qu’elle m’a dit, alors que c’est pas elle qui a été trompée. C’est pas nouveau, c’est pas transcendant et ça va pas changer le monde, mais c’est ce qu’elle m’a dit en parlant de toi et ça m’a marqué. Il y avait tellement de tristesse dans sa voix quand elle a prononcé ces mots, tellement de lassitude. Tu te rends compte de ce que t’as fait ou pas ? »

 
Je sais même pas pourquoi il m’écoute. Il aurait pu me faire taire y a longtemps mais non, il me regarde débiter mon discours à la noix, sans réagir. Il ne m’interrompt pas.

Peut-être sait-il au fond que j’ai raison. Il n’y a rien à faire contre la vérité.

 
« En brisant celle qui sera probablement désormais ton ex t’as brisé le groupe, mec. Oh bien sûr, ils continueront à se voir. Ils vont même se montrer plus proches que jamais, resserrés autour d’elle. Y en a peut-être un ou deux qui prendront ton parti, mais ça n’ira pas plus loin.

Le problème c’est que tu leur as rappelé que même après des mois passés ensemble, même après des semaines en vacances, des soirées s’étirant jusqu’au petit matin et des nuits sous alcool à enchaîner les confidences, même après tout ça, un inconnu reste un inconnu. Rien qu’un inconnu, auquel on ne peut pas faire confiance. »

 
Je l’ai regardé droit dans les yeux, attendant une réponse de sa part, un geste, un mot pour conclure cette discussion qu’on n’aurait jamais dû avoir. Je l’ai regardé droit dans les yeux et j’y ai vu de la détresse, la conscience d’avoir mal agi, la réalisation progressive des vraies implications de la connerie qu’il avait commise.

Je me suis levé. Je l’ai serré contre moi avant de le regarder une dernière fois, une main sur son épaule, et je suis parti.

 
Je l’ai laissé seul face à son café non entamé, seul face à une chaise vide, seul face à ses pensées.

Seul face à ses responsabilités.

 

339 – L’odeuR.

R. a une odeur particulière. Une odeur unique que je serais bien en peine de décrire mais qui reste toujours collée à ma peau, lorsque je sors de chez elle. Je la sens sur mes mains, sur mes doigts ; je la sens sur mes vêtements, dans mon cou, dans ma barbe. Je la sens absolument partout.

C’est comme si j’emportais avec moi une partie de R., sans même le vouloir.

 
R. porte du parfum aussi, mais ce n’est pas de son parfum que je parle. Le parfum c’est facile à retrouver, facile à simuler : il suffit d’acheter une autre fiole de la même marque, du même produit, et le tour est joué. Une vaporisation et c’est plié. Une odeur par contre, l’odeur de quelqu’un, c’est impossible à reproduire.

On ne peut pas l’émuler.

 
C’est impressionnant, que son odeur parvienne ainsi à s’accrocher à moi. Des heures après que nos corps se soient quittés elle est encore présente, si forte que je me demande parfois si les gens autour de moi n’en profitent pas aussi. Peuvent-ils la percevoir ? Réalisent-ils que ce n’est pas mon odeur habituelle ? Se demandent-ils les raisons d’une telle modification ?

Bien sûr personne n’ose me dire que quelque chose a changé ; c’est personnel, l’odeur, tellement personnel que l’on évite le plus possible d’en parler.

 
Je ne sais pas si R. se rend compte qu’elle laisse son odeur partout, comme ça. Qu’elle marque son territoire. Baigner dedans est une expérience plutôt étrange mais assez agréable ; à chaque inspiration un souvenir remonte, une image se reconstruit à partir de cette senteur, et R. réapparaît, comme si on ne s’était pas encore quittés.

Comme si j’étais encore avec elle, pour quelques heures de plus.